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XVIII. Jahrhundert.
roi retranclia de sa main tout ce qui etait trop avantageux pour lui ettrop injurieux pour le czar. Sa modestie ne put empecher qu’on nefrappät ä Stockholm plusieurs medailles pour perpetuer la memoire deces evenements. Entre autres on en frappa une qui le representait d’uncöte sur un piedestal, oii paraissaient enchames un Moscovite, unDanois, un Polonais; de l’autre etait un Hercule arme de sa massue,tenant sous ses pieds un Cerbere, avec cette legende: Tres uno con-tudit ictu.
Parmi les prisonniers faits a la journee deNarva on en vit un quietait un grand exemple des revolutions de la fortune: il etait fils aineet heritier de la couronne de Georgie; on le nommait czarafis Artsche-lou: ce titre de czarafis signifie prince ou fils du czar, chez tous lesTartares corame en Moscovie; car le mot de czar ou tzar voulait direroi, chez les anciens Scythes, dont tous ces peuples sont descendus, etne -vient point des Cesars de Rome, si longtemps inconnus a ces bar-bares. Son pere Mittelleski, czar et maitre de la plus belle partie despays qui sont entre les montagnes d’Ararat et les extremites oridhtalesde la mer Noire, avait ete chasse de son royaume par ses propressujets, en 1688 , et avait choisi de se jeter entre les bras de l’empereurde Moscovie plutöt que de recourir ä celui des Turcs. Le fils de ce roi,äge de dix-neuf ans, voulut suivre Pierre le Grand dans son expeditioncontre les Suedois, et fut pris en combattant, par quelques soldats fin-landais qui l’avaient deja depouille, et qui allaient le massacrer. Lecomte Renschild l’arracha de leurs mains, lui fit donner un habit, et lepresenta ä son maitre. Charles l’envoya a Stockholm, ou ce princemalheureux mouvut quelques annees apres. Le roi ne put s’empecher,en le voyant partir, de faire tout hautdevant ses officiers une reflexionnaturelle sur l’etrange destinee d’un prince asiatique, ne au pied dumont Caucase, qui allait vivre captif parmi les glaces de la Suede:„C’est, dit-il, comme si j’etais un jour prisonnier chez les Tartares deCrimee.“ Ces paroles ne firent alors aueune impression; mais dans lasuite on ne s’en souviut que trop, lorsque l’evenement en eut fait uneprediction.
Le czar s’avangait a grandes journees avec l’armee de quarantemille Russes, comptant envelopper son ennemi de tous cötes. II appritä moitie chemin la bataille de Narva et la dispersion de tout son camp.II ne s’obstina pas a vouloir attaquer avec ses quarante mille hommessans experience et sans discipline un vainqueur qui venait d’en detruirequatre-vingt mille dans un camp retranche; il retourna sur ses pas,poursuivant toujours le dessein de discipliner ses troupes pendant qu’ilcivilisait ses sujets. „Je sais bien, dit-il, que les Suedois nous battrontlongtemps; maisülafin ils nous apprendront eux-memes äles vaincre.“Moscou, sa capitale, fut dans l’epouvante et dans la desolation ä lanouvelle de cette defaite. Telle etait la fierte et l’ignorance de cepeuple, qu’ils crurent avoir etd vaincus par un pouvoir plus qu’humain,