V oltaire.
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et que les Suedois etaient de vrais magiciens. Cette opinion fut sigenerale que l’on ordonna a ce sujet des prieres publiques äS. Nicolas,patron de la Moscovie. Cette priere est trop singuliere pour n’etre pasrapportee; la voici:
„0 toi, qui es notre consolateur perpetuel dans toutes nos adver-sites, grand S. Nicolas, infiniment puissant, par quel peche t’avons-nous ofi'ense dans nos sacrifices, genufiexions, reverences, et actionsde graces, pour que tu nous aies ainsi abandonnes? Nous avions im-plore ton assistance contre ces terribles, insolents, enrages, epouvan-tables, indomptables destructeurs, lorsque, comme des lions et desours qui ont perdu leurs petits, ils nous ont attaques, effrayes, blesses,tues par milliers, nous qui soinmes ton peuple. Comme il est impos-sible que cela soit arrive sans sortilege et enchantement, nous tesupplions, 6 grand S. Nicolas, d’etre notre Champion et notre porte-I etendard, de nous delivrer de cette foule de sorciers, et de les chasserI bien loin de nos frontieres avec la recompense qui leur est due.“
Tandis que les Russes se plaignaient a S. Nicolas, de leur defaite,Charles XII. faisait rendre graces ä Dieu, et se preparait ä de nou-velles victoires. .
Le roi de Pologne s’attendit bien que son ennemi, vainqueur desDanois et des Moscovites, viendrait bientot fondre sur lui. II se liguaplus etroitement que jamais avec le czar. Ces deux princes convinrentd’une entrevue pour prendre leurs mesures de concert: ils se virent äBirzen, petite ville de Lithuanie, sans aucune de ces formalites qui neservent qu’ä retarder les affaires, et qui ne convenaient ni ä leurSituation ni ä leur humeur. Les princes du nord se voient avec unefamiliarite qui n’est point encore etablie dans le midi de l’Europe.Pierre et Auguste passerent quinze jours ensemble dans des plaisirsqui allerent jusqu’a l’exces; car le czar, qui voulait reformer sa nation,ne put jamais corriger dans lui-meme son penchant dangereux pour ladebauche.
Le roi de Pologne s’engagea ä fournir au czar cinquante millehommes de troupes allemandes, qu’on devait acheter de divers princes,et que le czar devait soudoyer. Celui-ci de son cote devait envoyercinquante mille Russes en Pologne pour y apprendre l’art de la guerre,et promettait de payer au roi Auguste trois millions de risdales en| deux ans. Ce traite, s’il eut ete execute, eut pu etre fatal au roi deSuede, c’etait un moyen prompt et sür d’aguerrir les Moscovites:c’etait peut-etre forger des fers ä une partie de l’Europe.
Charles XII. se mit en devoir d’empecher le roi de Pologne derecueillir le fruit de cette ligue. Apres avoir passe l’hiver aupres dej Narva, il parut en Livonie aupres de cette meme ville de Riga, que le1 roi Auguste avait assiegee inutilement. Les troupes saxonnes etaientpostees le long de la riviere de Duina,.qui est fort large en cet endroit:: il fallait disputer le passage a Charles, qui etait ä l’autre bord du