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XVIII. Jahrhundert.
fleuve. Les Saxons n’etaient pas commandes par lenr prince, alorsmalade; mais ils avaient ä leur tete le marechal de Stenau qui faisaitles fonctions de general; sous lui eommandaient le prince Ferdinand,duc de Courlande, et ce meme Patkul, qui defendait sa patrie contreCharles XII. l’epee ä la main, apres en avoir soutenu les droits par laplume au peril de sa vie contre Charles XI. Le roi de Suede avait faitconstruire de grands bateaux d’une invention nouvelle, dont les bords,beaucoup plus hauts qu’a l’ordinaire, pouvaient se lever et se baissercomme des ponts-levis; en se levant ils couvraient les troupes qu’ilsportaient; en se baissant ils servaient de pont pour le debarquement.II mit encore en usage un autre artifice. Ayant remarque que le ventsoufflait du nord, ou il etait, au sud oü. etaient campes les ennemis, ilfit mettre le feu ä quantite de paille mouillee, dont la fumee epaisse serepandant sur la riviere, derobait aux Saxons la vue de ses troupes,et de ce qu’il allait faire. A la faveur de ce nuage il fit avancer desbarques remplies de cette meme paille fumante; de Sorte que le nuagegrossissant toujours, et chasse par le vent dans les yeux des ennemis,les mettait dans l’impossibilite de savoir si le roi passait ou non. Ce-pendant il conduisait seul l’execution de son stratageme. Etant deja auinilieu de la riviere: „He bien! dit-il au general Eenschild, la Duinane sera pas plus mechante que la mer de Copenhague: croyez-moi,general, nous les battrons.“ Il arriva en un quart d’heure ä l’autrebord, et fut mortifie de ne sauter a terre que le quatrieme. Il faitaussitöt debarquer son canon, et forme sa bataille sans que les ennemis,offusques.de la fumee, puissent s’y opposer que par quelques coupstires au hasard; le vent ayant dissipe ce brouillard, les Saxons virentle roi de Suede marchant deja a eux.
Le marechal Stenau ne perdit pas un moment; a peine apergut-illes Suedois qu’il fondit sur eux avec la meilleure partie de sa cavalerie.Le choc violent de cette troupe tombant sur les Suedois dans l’instantqu’ils formaient leurs bataillons, les mit en desordre; ils s’ouvrirent,ils furent rompus et poursuivis jusque dans la riviere. Le roi de Suedeles rallia le moment d’apres au milieu de l’eau aussi aisement que s’ileüt fait une revue. Alors ses soldats, marchant plus serres qu’aupara-vant, repousserent le marechal Stenau, et s’avancerent dans la plaine.Stenau sentit que ses troupes etaient etonnees; il les fit retirer enhabile homme dans un lieu sec, flanque d’un marais et d’un bois oüetait son artillerie. L’avantage du terrain, et le temps qu’il avait donneaux Saxons de revenir de leur premiere surprise, leur rendit tout leurcourage. Charles ne balanga pas a les attaquer: il avait avec lui quinzemille honnnes; Stenau et le duc de Courlande environ dou ze mille,n’ayant pour toute artillerie qu’un canon de fer sans affüt. La bataillefut rüde et sanglante; le duc eut deux chevaux tues sous lui: ilpenetratrois fois au milieu de la garde du roi; mais enfin, ayant ete renversede son cheval d’un eoup de crosse de mousquet, le desordre se mit