Voltaire.
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Acte II.
Scfene I.
Brutus, Antoine, Bolahella.
Antoine.
Ce superbe refus, cette animosite,
Marquent moins de vertu que de ferocite.
Les bontes de Cesar, et surtout sa puissance,Meritaient plus d’egards et plus de complaisance:
A lui parier du moins vous pourriez consentir.
Vous ne connaissez pas qui vous osez hair;
Et vous en fremiriez, si vous pouviez apprendre . ..Brutus.
Ah! j’en fremis deja, mais c’est de vous entendre.Ennemi des Romains, que vous avez vendus,Pensez-vous ou tromper, ou corrorapre Brutus?
Allez ramper sans moi sous la main qui vous brave:
Je sais tous vos desseins, vous brülez d’etre esclave.Vous voulez un monarque, et vous etes Romain!Antoine.
Je suis ami, Brutus, et porte un coeur humain:
Je ne recherche point une vertu plus rare.
Tu veux etre un heros, mais tu n’es qu’un barbare;
Et ton farouche orgueil, que rien ne peut flechir,Embrassa la vertu pour la faire hair.
Scfene II.
Brutus.
Quelle bassesse, 6 ciel! et quelle ignominie!
Voilä donc les soutiens de ma triste patrie!
Voilä vos successeurs, Horace, Decius,
Et toi, vengeur des lois, toi, mon sang, toi, Brutus!Queis restes, justes dieux, de la grandeur romaine!Chacun baise en tremblant la main qui nous enchame.Cesar nous a ravi jusques ä nos vertus,
Et je cherche ici Rome, et ne la trouve plus.
Vous que j’ai vus perir, vous immortels courages,Heros dont en pleurant j’apergois les images,
Familie de Pompee, et toi, divin Caton,
Toi, dernier des heros du sang de Scipion:
Vous ranimez en moi ces vives etincellesDes vertus dont brillaient vos ames immortelles.