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XVin. Jahrhundert.
C6sar.
Sylla fut un barbare,
II n’a su qu’opprimer. Le meurtre et la fureurFaisaient sa politique, ainsi que sa grandeur.
II a gouverne Rome au milieu des supplices;
II en etait l’effroi; j’en serai les delices.
Je sais quel est le peuple; on le change en un jour:
II prodigue aisement sa haine et son amour;
Si ma grandeur l’aigrit, ma clemence l’attire.
Un pardon politique ä qui ne peut me nuire,
Dans nies chaines qu’il porte un air de liberte,
Ont ramene vers moi sa faible volonte.
11 faut couvrir de fleurs l’abime oü je l’entrame,
Flatter encor ce tigre, ä l’instant qu’on l’encliame,
Lui plaire en l’accablant, l’asservir, le charmer,
Et punir mes rivaux en me faisant aimer.
Antoine.
11 faudrait etre craint: c’est ainsi que l’on regne.
CAsar.
Va, ce n’est qu’aux eombats que je veux qu’on me craigne.Antoine.
Le peuple abusera de ta facilit6.
Cesar.
Le peuple a jusqu’ici consacre ma bonte:
Yois ce temple que Rome eleve ä ma clemence.
Antoine.
Crains qu’elle n’en eleve un autre ä la vengeance;
Crains des coeurs ulceres, nourris de desespoir,
Idolätres de Rome, et cruels par devoir.
Cassius alarme prevoit qu’en ce jour memeMa main doit sur ton front mettre le diademe:
Deja meme a tes yeux on ose en murmurer:
Des plus impetueux tu devrais t’assurer;
A prevenir leurs coups daigne au moins te contraintjjre.
Cesar.
Je les aurais punis, si je les pouvais craindre.
Ne me conseille point de me faire hair.
Je sais combattre, vaincre, et ne sais point punir.
Allons, et n’ecoutant ni soupgon ni vengeance,
Sur l’univers soumis regnons sans violence.