Voltaire.
Ne me deguise rien. Tu gardes le silence!
Tu crains d’etre mon fils; ce nom sacre t’offense:
Tu crains de me cherir, de partager mon rang;
C’est un malheur pour toi d’etre ne de mon sang!
Ah! ce sceptre du monde, et ce pouvoir supreme,
Ce Cesar que tu hais, les voulait pour toi-meme;
Je voulais partager avec Octave et toiLe prix de cent combats, et le titre de roi.
Brutus.
Ah, dieux!
Cesar.
. Tu veux parier, et te retiens ä peine!
Ces transports sont-ils donc de tendresse ou de haineQuel est donc le secret qui semble t’accabler?
. Brutus.
C^sar ....
C 6 s a r.
Eh bien, mon fils?
Brutus.
Je ne puis lui parier.Cesar.
Tu n’oses me nommer du tendre nom de pere!
Brutus.
Si tu l’es, je te faib une unique priere.
C6sar.
Parle: en te l’accordant je croirai tout gagner.
Brutus.
Fais-moi mourir sur l’heure, ou cesse de regner.Cesar.
Ah! barbaro ennemi, tigre que je caresse,
Ah! coeur denature qu’endurcit ma tendresse,
Ya, tu n’es plus mon fils. Ya, cruel citoyen,
Mon coeur desespere prend l’exemple du tien.
Ce coeur, a qui tu fais cette effroyable injure,
Saura bien comme toi vaincre enfin la nature.
Va, Cesar n’est pas fait pour te prier envain;J’apprendrai de Brutus a cesser d’etre humain:
Je ne te connais plus. Libre dans ma puissance,
Je n’ecouterai plus une injuste clemence.
Tranquille ä mon courroux je vais m’abandonner;
Mon coeur trop indulgent est las de pardonner;J’imiterai Sylla, mais dans ses violences;