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Handbuch der älteren und neueren französischen Litteratur : mit biographischen Notizen über die Schriftsteller und erläuternden Anmerkungen für die oberen Klassen der Gelehrten- und Realschulen / v. C. G. Hölder
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XIX. Jahrhundert.

pretexte de combattre de vieilles erreurs, dabsurdes superstitions etde dangereux fanatiques.

Soyez donc, lui disait-elle, genereux et modere apres la victoive.Que pouvez-vous craindre a present de tels adversaires? Les fanati-ques sout a terre; ils ne peuvent plus nuire, leur regne est passe.Vous etes dans lerreur, repondit avec fougue Voltaire: cest un feucouvert et non eteint. Ces fanatiques, ces tartufes sont des cbiensenrages; on les a museles, mais ils conservent leurs dents; ils nemordent plus, il est vrai, mais, ä la premiere occasion, si on ne leurarrache pas ces dents, vous verrez sils sauront mordre.

Le feu de la colere eclatait dans ses yeux, -et'la passion qui lani-mait lui faisait perdre alors cette decence, cette mesure dans les ex-pressions, que prescrivent la raison comme le bon gout, et dont il semontrait si habituellement le plus inimitable modele.

Le desir de voir cet homme extraordinaire avait attire chez inamere cinquante ou soixante personnes qui faisaient foule dans sonsalon, sentassaient sur plusieurs rangs pres de son lit, allongeant lecou, se levant sur la pointe de leurs pieds, et qui, sans faire le moindrebruit, pretaient une oreille attentive ä tout ce qui sortait de la bouchede Voltaire, tant ils etaient avides de saisir la moindre de ses paroleset le plus leger mouvement de sa physionomie. La, je vis ä quel pointla prevention et lentliousiasme, meine parini la classe la plus eclairee,ressemblent ä la superstition et sapprochent du ridicule. Ma mere,questionnöe par Voltaire sur les details de letat de sa sante, lui ditque sa souffrance la plus douloureuse etait la destruction de sonestomac et la difficulte de trouver un aliment quelconque quil pütsupporter.

Voltaire la plaignit, et, cherchant a la consoler, il lui racontaquil setait vu, pendant pres dune annee, dans la meme langueur quoncroyait incurable, et que cependant un moyen bien simple lavait gueri;il consistait ä ne prendre pour toute nourriture que des jaunes doeufsdelayes avec de la farine de pomme de terre et de leau.

Certes il ne pouvait etre question de saillies ingenieuses nideclairs desprit dans un tel sujet dentretien, et pourtant a peineavait-il prononce ces derniers mots de jaunes doeufs et de farine depomme de terre, quun de mes voisins, tres connu il est vrai par sonexcessive disposition ä lengouement et par la mediocrite de son esprit,fixa sur moi son oeil ardent, et, me pressant vivement le bras, me ditavec un cri dadmiration: Quel homme! quel homme! pas un mot sansun trait!

Vous rirez de cette absurdite qui semble passer la vraisemblance,et cependant, pour vous convaincre quelle nest pas rare, observez,dans tout pays, dans tout temps, la multitude empressee qui viententourer non seulement le siege dun homme de genie, ou le tröne dungrand roi, mais la chaire dun predicateur energumene, le fauteuil