Segur der ältere.
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des doctrines nouvelles, rayonnants d’esperance, brülants d’ardeur pourtoutes les gloires, d’enthousiasme pour tous les talents, et berces parles reves seduisants d’une philosophie qui voulait assurer le bonheurdu genre humain, en chassant avec son flambeau les tristes et longuestenebres qui, depuis taut de siecles, l’avaient retenu dans les chainesde la Superstition et du despotisme. Loin de prevoir des malheurs, desexces, des crimes, des renversements de trönes et de principes, nousne voyions dans l’avenir que tous les biens qui pouvaient etre assuresa l’humanite par le regne de la raison.
Jugez, d’apres ces dispositions, quel devait etre sur notre espritl’effet de la vue de l’homme illustre que nos plus grands ecrivains etnos plus c&ebres philosophes regardaient alors comme leur modele etcomme leur maitre.
J’etais tout yeux, tout oreilles en m’approchant de Voltaire,comme si j’attendais ä chaque instant qu’il sortit de sa bouche quelqueoracle. Cependant ce n’etait ni le temps ni le lieu d’en prononcer,quand il eüt ete Apollon lui-meme; car il se trouvait pres du lit d’unemourante, dont l’aspect ne pouvait inspirer que des idees tristes. Ellene semblait plus susceptible ni d’admiration ni meme de consolation.Neanmoins eile fit un grand effort pour vaincre la nature; ses yeuxreprirent quelque eclat, sa voix quelque force.
Voltaire, cherchant avec delicatesse ä la distraire du präsent parle Souvenir du passe, lui fit peu de questions sur son etat; il lui ditseulement, en peu de mots, qu’ayant ete plusieurs fois aussi souffrant,aussi epuise, il avait cependant, par le meme couräge qu’elle montrait,triompbe de ses maux et recouvre la sante. „Les medecins, disait-il,font peu de miracles; mais la nature fait beaucoup de prodiges, surtoutpour ceux ä qui eile a donne ce principe vital qui brille encore dansvos regards.“
Il lui rappela ensuite beaucoup d’anecdotes de la societe danslaquelle ils vivaient ensemble autrefois, et i le fit avec une vivacited’esprit, une fraicheur de memoire, une Variete de tournure et uneabondance de saillies qui auraient fait oublier son age, si ses traits etsa voix ne nous avaient pas rappele qu’il etait octogenaire.
Il ne pouvait guerir une malade teile que celle qui l’ecoutait; maisil la ranima. Elle parut quelques instants ne plus sentir ni sa faiblesseni ses souffrances; eile soutint assez vivement la conversation, me fitillusion ä moi-meme, et me donna ainsi un faible et dernier rayond’espoir.
Peu de jours apres, Voltaire revint encore la voir: comme eile setrouvait par hasard, ce jour-la, un peu plus de force qu’ä i’ordinaire,eile prit une part plus active ä l’entretien, et reprocha meme avecdouceur, mais avec assez d’energie, au vieux philosophe, l’opiniätret6avec laquelle il s’acharnait, dans ses nombreux ecrits, ä foudroyer, äridiculiser l’eglise et tous ses membres, enfin la religion meme, sous le
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