Buch 
Handbuch der älteren und neueren französischen Litteratur : mit biographischen Notizen über die Schriftsteller und erläuternden Anmerkungen für die oberen Klassen der Gelehrten- und Realschulen / v. C. G. Hölder
Entstehung
Seite
195
JPEG-Download
 

Segur der ältere.

195

des doctrines nouvelles, rayonnants desperance, brülants dardeur pourtoutes les gloires, denthousiasme pour tous les talents, et berces parles reves seduisants dune philosophie qui voulait assurer le bonheurdu genre humain, en chassant avec son flambeau les tristes et longuestenebres qui, depuis taut de siecles, lavaient retenu dans les chainesde la Superstition et du despotisme. Loin de prevoir des malheurs, desexces, des crimes, des renversements de trönes et de principes, nousne voyions dans lavenir que tous les biens qui pouvaient etre assuresa lhumanite par le regne de la raison.

Jugez, dapres ces dispositions, quel devait etre sur notre espritleffet de la vue de lhomme illustre que nos plus grands ecrivains etnos plus c&ebres philosophes regardaient alors comme leur modele etcomme leur maitre.

Jetais tout yeux, tout oreilles en mapprochant de Voltaire,comme si jattendais ä chaque instant quil sortit de sa bouche quelqueoracle. Cependant ce netait ni le temps ni le lieu den prononcer,quand il eüt ete Apollon lui-meme; car il se trouvait pres du lit dunemourante, dont laspect ne pouvait inspirer que des idees tristes. Ellene semblait plus susceptible ni dadmiration ni meme de consolation.Neanmoins eile fit un grand effort pour vaincre la nature; ses yeuxreprirent quelque eclat, sa voix quelque force.

Voltaire, cherchant avec delicatesse ä la distraire du präsent parle Souvenir du passe, lui fit peu de questions sur son etat; il lui ditseulement, en peu de mots, quayant ete plusieurs fois aussi souffrant,aussi epuise, il avait cependant, par le meme couräge quelle montrait,triompbe de ses maux et recouvre la sante.Les medecins, disait-il,font peu de miracles; mais la nature fait beaucoup de prodiges, surtoutpour ceux ä qui eile a donne ce principe vital qui brille encore dansvos regards.

Il lui rappela ensuite beaucoup danecdotes de la societe danslaquelle ils vivaient ensemble autrefois, et i le fit avec une vivacitedesprit, une fraicheur de memoire, une Variete de tournure et uneabondance de saillies qui auraient fait oublier son age, si ses traits etsa voix ne nous avaient pas rappele quil etait octogenaire.

Il ne pouvait guerir une malade teile que celle qui lecoutait; maisil la ranima. Elle parut quelques instants ne plus sentir ni sa faiblesseni ses souffrances; eile soutint assez vivement la conversation, me fitillusion ä moi-meme, et me donna ainsi un faible et dernier rayondespoir.

Peu de jours apres, Voltaire revint encore la voir: comme eile setrouvait par hasard, ce jour-la, un peu plus de force quä iordinaire,eile prit une part plus active ä lentretien, et reprocha meme avecdouceur, mais avec assez denergie, au vieux philosophe, lopiniätret6avec laquelle il sacharnait, dans ses nombreux ecrits, ä foudroyer, äridiculiser leglise et tous ses membres, enfin la religion meme, sous le

13 *