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Alors l’assemblee revint naturellement a la Situation de la France,qui n’avait pas change. La commission extraordinaire des douze pre-sent a, par l’organe de Pastoret, un tableau peu rassurant sur l’etat etles divisions des partis. Jean Debry, au nom de la meme commission,proposa, pour maintenir dans le calme le peuple, qui etait extremementagite, d’annoncer que, lorsque la crise deviendrait imminente, l’assem-blee le declarerait par ces mots, La palrie est en danger, et qu’alorson prendrait des mesures de salut public. La discussion s’ouvrit surcette proposition importante. Vergniaud peignit, dans un discours quiebranla profondeinent l’assemblee, tous les perils auxquels, dans cemoment, la patrie etait exposee. II dit que c’etait au nom du roi queles ^migres etaient reunis, que les souverains s’etaient confederes,que les armees etrangeres marchaient sur nos frontieres, que les trou-bles interieurs avaient lieu. II l’accusa d’arreter l’elan national par sesrefus, et de livrer ainsi la France a la coalition. II cita l’article de laConstitution par lequel il etait declare que, si le roi se mettait d la Uted’une arrnee et en dirigeait les forces contre la nation, ou s'il ne s'op-posait pas par un acte formet ä une pareille entreprise qui sexdcute-rait en son nom, il serait censd avoir abdiqud la royautd. Mettantalors en supposition que Louis XVI. s’opposait volontairement auxmoyens de defendre la patrie, dans ce cas, disait-il, ne serions-nouspas en droit de lui dire: „0 roi! qui sans doute avez cru, avecle tyranLysandre, que la verite ne valait pas mieux que le mensonge, et qu’ilfallait amuser les homrnes par des serments comme on amuse des en-fants avec des osselets; qui n’avez feint d’aimer les lois que pour con-server la puissance qui vous servirait a les braver, la Constitution quepour qu’elle ne vous precipität pas du tröne, ou vous aviez besoin derester pour la detruire, pensez-vous nous abuser par d’hypocrites pro-testations ? pensez-vous nous donner le change sur nos malheurs parl’artifice de vos excuses? Etait-ce nous defendre que d’opposer auxsoldats etrangers des forces dont l’inferiorite ne laissait pas memed’incertitude sur leur defaite? etait-ce nous defendre que d’ecarter lesprojets tendant ä fortifier Finterieur? etait-ce nous defendre que dene pas reprimer un general qui violait la Constitution, et d’enchainerle courage de ceux qui la servaient? La Constitution vous laissa-t-elle le choix des ministres pour notre bonheur, ou notre ruine? vousfit-elle chef de l’armee pour notre gloire, ou notre honte? vous donna-t—eile enfin le droit de sanction, une liste civile et tant de prerogatives,pour perdre constitutionnellement la Constitution et l’empire ? Non!non! homme que la generosite des Fran^ais n’a pu rendre sensible, quele seul amour du despotisme a pu toucher...vous n’etes plus rien pourcette Constitution que vous avez si indignement violee, pour le peupleque vous avez si indignement trahi!“
Dans la position oü se trouvait la Gironde, eile ne comptait plusque sur la decheance du roi. Vergniaud, il est vrai, ne s’exprimait