Beranger.
329
Da vallon ou ma vie obscureSe bergait d’un doux avenir.
Au detour d’une eau qui chemineA flots purs, sous de frais lilas,
Vous avez vu notre chaumkie:
De ee vallon ne me parlez-vous pas?
L’une de vous peut-etre est neeAu toit ou je regus le jour;
La d’une mere infortuneeVous avez du plaindre l’amour.
Mourante, eile crojt ä toute heureEntendre le bruit de mes pas;
Elle ecoute, et puis eile pleure.
De son amour ne me parlez-vous pas?
Ma soeur est-elle mariee?
Avez-vous vu de nos gargonsLa foule, aux noces conviee,
La celebrer dans leurs chansons?
Et ces compagnons du jeune ägeQui m’ont suivi dans les combats,
Ont-ils revu tous le village?
De tant d’amis ne me parlez-vous pas?
Sur leurs eorps l’etranger, peut-etre,
Du vallon reprend le chemin;
Sous mon chaume il commande en maitre;De ma soeur il trouble l’hymen.
Pour moi plus de mere qui prie,
Et partout des fers ici-bas.
Hirondelles de ma patrie,
De ses malheurs ne me parlez-vous pas?
La Nostalgie,
ou la maladie du pays.
Vous m’avez dit: „A Paris, jeune pätre,Viens, suis-nous, cede ä tes nobles penchants,Notre or, nos soins, l’etude, le theätre,T’auront bientot fait oublier les champs.“
Je suis venu, mais voyez mon visage:
Sous tant de feux mon printemps s’est fane.Ah! rendez-moi, rendez-inoi mon village,
Et la montagne oü je suis ne!