Buch 
Handbuch der älteren und neueren französischen Litteratur : mit biographischen Notizen über die Schriftsteller und erläuternden Anmerkungen für die oberen Klassen der Gelehrten- und Realschulen / v. C. G. Hölder
Entstehung
Seite
335
JPEG-Download
 

Barante.

335

Jean Jacques Rousseau.

Si, parmi les ecrivains illustres de ce siede, il en est un qui aiteu une inüuence particuliere, et qui ne se soit pas asservi ä suivre lemouvement commun, cest sans doute Rousseau qui a obtenu cet hon-neur. Forme dans le malheur et dans la solitude, nourri de longuesmeditations et de chagrins secrets, il est, k ce quil semble, de tous leslitterateurs contemporains celui qui porte le plus un caractere distinctet natif. Tandis que les autres recevaient toutes les influences de lasociete, participaient aux moeurs et aux opinions repandues dans lepublic, sefforgaient de lui plaire en se conformant ä son esprit, Rous-seau ressentait tous ces effets dune autre maniere. Leur action sexer-gait sur lui comme un poids qui loppressait sans lentrainer. Sontalent, au milieu de telles circonstances, en eontracta quelque chose deplus individuel, et consequemment de plus profond et de plus persuasif.Aussi sa gloire a-t-elle ete plus grande et plus flatteuse. Les autressont parvenus ä plaire, Rousseau a excitd lenthousiasme; et ce quihonore ä la fois lecrivain et ses admirateurs, cest quun tel succes estdu en partie ä des opinions plus nobles, ä un langage rempli de plusde force, denthousiasme et demotion. La philosophie, dans la bouchede Rousseau, retrouva les armes dont on voulait alors la depouiller,leloquence et le sentiment.

Mais, il faut en convenir, cette philosophie renfermait mille germesdangereux. Peut-etre a-t-elle ete plus nuisible que celle des autresecrivains. Sans famille, sans amis, sans patrie, errant de pays en pays,de condition en condition, opprime par tout lensemble dun mondeil netait pour rien, Rousseau congut un esprit de revolte, une fierteinterieure qui sexalterent jusquau delire. La vanite des autres auteursdtait tout extdrieure. La sienne, qui pendant longtemps, navait reguaucune jouissance venant du dehors, setait refugiee au plus profondde son ame, pour y troubler son bonheur et ne lui donner jamais dereläche. Rien ne le pouvait satisfaire; sans bienveillance pour leshommes, tout ce qui venait deux ne pouvait ladoucir; il etait de cesesprits dont lorgueil est tellement insatiable, quau besoin ils sin-digneraient detre hommes, simaginant que la nature leur doit plusquaux autres. Tout dans la societe blesse de tels caracteres; ils nesavent se soumettre ä rien, pas meine ä la force des choses. La n£-cessite non seulement les afBige, mais les humilie.

Cest dans une disposition pareille que Rousseau a puis6 sontalent, ses opinions et ses fautes; cest pour avoir vecu etranger aumilieu de la societe, nous dirons meme de lhumanite, que, tout enressentant avec enthousiasme lamour de la vertu et de la justice, touten voulant y exciter les autres, il a 6branl6 ce qui sert de base k lavertu et a la justice, le sentiment du devoir. Gest, ä ce quil nousparait, le vice de sa philosophie. Isole parmi le monde, il navait