338
Anhang.
esprits occup6s de raauvaises pensees deviennent, au contraire, facile-ment tristes. II y a bien de quoi.
Quand je pense a Lidivine, je crois toujours la voir avec son petitb^guin blane si propre, son juste noir si leste et si serre, et son coeurd’argent passe a un petit cordon de velours noir aussi, qui avait unpeu rougi. Elle n’osait porter visiblement la croix qui y avait ehe sus-pendue; cela n’etait pas encore permis; mais eile la conservait sansdoute entre sa chair et le cilice de laine ou de crin dont eile se cou-vrait par penitence, et je n’ai jamais compris que Lidivine eut ä fairepenitence de quelque chose. C’etait peut-etre d’avoir ete jolie, car sapäleur saine et sa maigreur robuste ne lui avaient pas fait perdre tousles avantages d’une taille bien prise et d’une figure agreable.
Ce que je raconte ici de Lidivine, c’etait ce que nous en pensionstous, bons ou mechants. Aussi l’influence de Lidivine sur les espritsles plus äpres et les plus rebelles avait quelque chose de plus puissantque la force, et qui agissait sans qu’on sut au juste comment, par uneSorte de faveur providentielle. A Lidivine le secret d’affermir les coeursabattus et de consoler les coeurs desesperes. Quand la rage soulevaitau fond des cachots une de ces erneutes de demons qui se battent avecleurs fers, et qui meurent, sans se rendre, en mordant des bai'onnettessanglantes, on n’y envoyait plus de soldats. On y envoyait Lidivine.Un instant apres, tout etait calme.
Dieu n’aurait pas cru faire assez pour laprison dont je vous parle,s’il n’y avait place que Lidivine. Elle 6tait secondee par son petit-filsdans ce noble etpieux ministere. Pierre etait un jeunehomme de vingt-trois ans, faible de corps, mais infatigable de patience et de courage,qu’aucun soin ne rebutait pour adoucir nos ennuis et pour secourir nosmiseres. Je ne vous donnerais qu’une idee imparfaite de sa physio-nomie resignee et non pas abattue, de son regard bleu, plein de com-passion et de tendresse, de sa clievelure blonde, lisse, aplatie et cou-pee ä angles droits, si je ne disais que vous avez pu remarquer descaracteres pareils dans le type de nos bons paysans de montagne, oudans les images des saints, tracees par un peintre nai'f.
Pierre n’etait pas un grand personnage, meine en prison. Arriv6la, selon nos conjectures, par la protection de Lidivine, il n’y etaitguere que l’aide et le valet des guichetiers. J’appris plus tard quec’etait son titre,' et que ce titre, chose etrange, etait une faveur acquisepar sa bonne conduite. J’expliquerai cela tout ä l’heure, si la mechede ma lampe brüle encore..
Quoi qu’il en soit, j’avaüs ete entraine vers Pierre par cette Sym-pathie d’äge qui rapproche si vite les jeunes gens, surtout quand ilssont malheureux, et par cette Sympathie de croyances, le seul liensocial que nos discordes politiques n’eussent pas rompu. Quand sachemise s’entr’ouvrait dans quelque oeuvre de force, a rafraichir notregrabat en y introduisant une botte de paille neuve, ou & transporter