Villemain. 345
certain point et pendant un certain temps, la mesure d^cisive de leurmerite, de leur valeur.
Villemain,
geboren 1791, hat seinen Ruf durch seine Vorlesungen über französischeLitteratur gegründet. Die gegebene Probe ist seiner Geschichte Cromwellsentnommen.
Cromwell.
II semble qu’un seul homme ne suffise pas aux diverses epoquesd’une r^volution: eiles ont chacune leurs heros qui se remplacent et sepressent l’un l’autre. Cromwell parait partout, et fixe d’abord les re-gards. II ne survient pas ä la fin, pour profiter de la lassitude com-mune, et recueillir l’heritage de la republique mourante. Seul, etremplissanttoutes les epoques, il voit naitrela revolution, il la seconde,il la suit, la termine, et la reduit ä l’unite de son pouvoir. Les des-avantages personnels, qui n’arreterent pas son elevation, n’etonnentpas moins que les grandes qualites qu’il deploya pour y parvenir. Cethomme qui domina par les armes et la parole, n’avait point fait laguerre jusqu’ä Tage de quarante-deux ans, et semblait incapable deseduire et depourvu de tout moyen d’eloquence. Mais, comme s’il eütcache en lui des forces et des idees pour toutes les chances de sa for-tune, il parut successivement theologfen, capitaine, politique, legis-lateur, souverain, developpant chaque fois le talent ou le vice dont ilavait besoin. Il eleva le patriotisme de sa nation, l’opprima par sagloire meme, et la fit respecter au dehors, pour mieux la subjuguer. Ilexigeait, pour ses ambassadeurs, plus d’egards qu’aucune cour n’enavait jamais accorde aux ambassadeurs des Rois d’Angleterre. C’etaitsa politique; et flattant ainsi la souverainete chimerique de ce peuple,dont il avait detruit la liberte, il disait „que la dignite de la couronneappartenait ä la nation, et que la nation etant toujours la meine, ilvoulait que ses ministres fussent honores comme ceux des Rois.“ Sonlangage et ses sentiments grandirent avec sa fortune. La bassessehabituelle de ses manieres fut remplacee par la hauteur et la gravited’un maitre. Un gentilhomme royaliste, qui avait remarque la fami-liarite abjecte et l’habillement neglige de Cromwell, ä sa premiere entreedans le parlement, ecrivait quelques annees apres: „Je vecus assezpour voir ce meme homme, ä la suite de grands succes, maitre d’unpouvoir reel, quoique usurpe, ayant pris un plus habile tailleur, ets’etant mele a la bonne eompagnie, representer ä White-Hall, avec