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Anhang.
Ne semble-t-il pas, en effet que le fait de la civilisation soit lefait par excellence, le fait general et definitif, auquel tous les autresviennent aboutir, dans lequel ils se resument? Prenez tous les faitsdont se compose l’histoire d’un peuple, qu’on est accoutume a consi-derer connne les elements de sa vie; prenez ses institutions, son com-merce, son industrie, ses guerres, tous les details de son gouvernement:quand on veut considerer ces faits dans leur ensemble, dans leur liai-son, quand on veut les apprecier, lesjuger, qu’est-ce qu’on leur de-mande? On leur demande en quoi ils ont contribue ä la civilisation dece peuple, quel role ils y ont jouü, quelle part ils y ont prise, quelleinfluence ils y ont exercee. C’est par la non seulement qu’on s’en formeune idee complete, mais qu’on les mesure, qu’on apprecie leur veritabievaleur; ce sont en quelque sorte des fleuves auxquels on demande comptedes eaux qu’ils doivent apporter ä l’Ocean. La civilisation est uneespece d’Ocean qui fait la richesse d’un peuple, et au sein duquel tousles elements de la vie du peuple, toutes les forces de son existence,viennent se reunir. Cela est si vrai, que des faits qui, par leur nature,sont detestes, funestes, qui pesent douloureusement sur les peuples, ledespotisme, par exemple, et l’anarchie, s’ils ont contribue en quelquechose a la civilisation, s’ils lui ont fait faire un grand pas, eh bien!jusqu’ä un certain point, on les excuse, on leur'pardonne leurs torts,leur mauvaise nature; en sorte que partout oü on reconnait la civilisa-tion et les faits qui l’ont enrichie, on est tente d’oublier le prix qu’il ena coute.
II y a meme des faits qu’ä proprement parier on ne peut pas diresociaux, des faits individuels qui semblent interesser Tarne humaineplutötquela vie publique: tels sont les croyances religieuses etlesideesphilosophiques, les Sciences, les lettres, les arts. Ces faits paraissents’adresser ä l’homme, soit pour le perfectionner, soit pour le charmer,et avoir plutöt pour but son amelioration interieure, ou son plaisir, quesa condition sociale. Eh bien! c’est encore sous le point de vue de lacivilisation que ces faits-lä meines sont souvent et veulent etre con-sideres. De tout temps, dans tous pays, la religion s’est glorifiee d’avoircivilise les peuples; les Sciences, les lettres, les arts, tous les plaisirsintellectuels et moraux ont reclame leur part dans cette gloire; et ona cru les louer, les honorer, quand on a reconnu qu’en effet eile leurappartenait. Ainsi, les faits les plus importants, les plus sublimes eneux-memes et independamment de tout resultat exterieur, uniquementdans leurs rapports avec Tarne de l’homme, leur importance s’accroit,leur sublimite s’eleve par leur rapport avec la civilisation. Telle estla valeur de ce fait general qu’il en donne ä tout ce qu’il touche. Etnon seulement il en donne; il y a meme des occasions oü les faits dontnous parlons, les croyances religieuses, les idees philosophiques, leslettres, les arts, sont surtout consideres et juges sous le point de vuede leur influence sur la civilisation; influence qui devient, jusqu’ä un