d’atteinte. Pendant qu’elle prenait son essor, levoile qui couvrait sa tête se détacha, s’élevadoucement dans les airs, puis descendit dans leRhône ; mais, loin d’être entraîné par le courant,comme il serait assez naturel de supposer qu’ildût l’être, il gagna le fond des eaux, en dépitdes lois sur la pesanteur des corps, et s’y fixa àtout jamais. Beaucoup de gens, continua-t-il,qui doutent de tout, doutent aussi de la réalitéde ce fait miraculeux, mais on ferme la boucheaux plus incrédules en leur apprenant qu’on voitencore d’une manière distincte le voile de lasainte, à l’endroit même où il est tombé ; il fautseulement pour cela que l’onde soit d’une incom-parable pureté ; malheureusement cette puretélaissant toujours quelque chose à désirer, lacuriosité du voyageur est sans cesse trompée.
Peu après le Pas-de-l’Ecluse, on franchit lesderniers abaissemens du Jura ; on découvre, àl’horizon, les Alpes de Savoie et le territoire toutentier de la petite république génevoise; lesdeux Salèves ne sont plus séparés de l’observa-teur que par une campagne riante et couvertede jolis villages. On quitte les montagnes, après