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dans des inomens favorables. 11 devait suspendre lesopérations de l’un en faveur d’un autre qui avait besoinde renforts. Qu’une telle conduite est différente du pro-cédé de ceux qui, supposant à l’ennemi le degré d’intel-ligence qu’ils ont eux-mêmes, s’imaginent pouvoir dé-terminer les opérations des armées du doigt qui sepromenant à son aise sur une carte géographique etn’ayant besoin ni de munitions ni de subsistances est sûrde ne rencontrer nulle part des difficultés et d’expédierle général de l’armée ennemie, quel qu’il soit, sans pré-ambule !
L’on a été jusqu’à disputer tout mérite militaire àLouis XIV. Il semble qu’on a eu tort. L’ambition dece monarque, la nécessité de conserver ce qu’il avaitconquis, l’obligeaient à songer mûrement aux moyensde faire face aux attaques, dont il se trouvait menacésans cesse. Il y a réussi en dépit de l’Europe entièreet sous ce rapport il est à considérer comme guerrierhabile. Ne confiant pas assez en ses talens pour oserdiriger les manœuvres d’une armée sur un champ debataille, il en remit la besogne à des généraux qu’il crutcapables de la bien remplir. 11 eut le malheur, auquelFrédéric le grand lui-même ne sut pas échapper, de setromper quelquefois dans le choix des individus ; maisil sut réparer par sa fermeté et par son activité lestorts des généraux qui n’avaient pas répondu à sa con-fiance. On peut lui reprocher d’avoir élevé Chamil-lard, Villeroi, Tallard et la Feuillade à des dignités tropau-dessus de leur talens. Mais il faut lui rendre lajustice que Colbert, Condé, Turenne, Vauban, CréquiVendôme, Luxembourg et Villars se trouvèrent con-