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SOUVENIRS DE DEUX ÉTÉS
pendant les longues heures d’une belle matinée,posséder ce panorama dans toute son étendue,auront peu de chose à lui reprocher. Si le Mont- Rose s’y montre sous un aspect peu favorable, sile Mont-Blanc est caché en partie, assez d’autresbeautés originales pourront les faire oublier àceux qui, dans un panorama, ne tiennent pas auxnoms.
Il est peu de sommets, de cette hauteur dumoins, qui dominent de tels précipices. Si, partantde la croix, on suit l’arête dans la direction desautres pointes, on rencontre plusieurs dalles incli-nées, surplombant sur l’abîme ; il faut s’y coucheret avancer la tête; on ne peut se défendre d’unmouvement d’effroi au premier aspect de ces mu-railles, de ces gorges précipitueuses, hérissées depointes dentelées. L’effet en est saisissant, surtoutun peu tard, en automne, lorsqu’une légère cou-che de neige nouvelle est venue accuser jusqu’auxmoindres saillies. Aux premiers jours d’été, aucontraire, les fortes saillies seules gardent encorede la neige ; non plus quelques pouces, maisquatre, cinq, six pieds d’une neige aux contoursarrondis, travaillée par les alternatives de gelet de dégel, qui ont formé en maint endroit d’é-tincelants stalactites suspendus dans les airs.
C’est alors qu’il faut voir, par un beau soleil de