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peu, et ce morne tableau s’évanouit comme unevision dans le voile gris du brouillard.
Quelle vie lente, insouciante et perdue dans lesilence des hauts vallons, sous le ciel austère dela montagne ! Auprès de nos existences si fié-vreuses, si pressées, si remplies de mouvement etde pensées, quelle destinée!...
La pluie s’établit et me força enfin à la retraite.Elle a duré tout le jour et ne m’a guère laisséd’autre vue que le bas des pentes voisines, dontles mélèzes étagés montent, perdant leur cimedans le brouillard. Par moments, la vapeur deve-nait plus épaisse et nous enveloppait ; alors, pournous il n’y avait plus de monde ; d’autres fois, ellese soulevait jusqu’aux parois voisines, et laissaitvoir la roche noire, luisante et mouillée. Depuisune heure seulement, les pentes se dégagentvertes, ruisselantes, puis les cimes fraîchementneigées. Maintenant les nuages dégonflés ont prisleur vol; des lambeaux blancs et soyeux traînentencore, arrêtés aux accidents des pentes; mais lescimes, éclatantes, détachent avec crudité la den-telle argentée de leurs crêtes sur le bleu ravivédu ciel. En même temps que la pure lumière,renaît partout la vie ; le roc lavé paraît plus noir,les forêts rafraîchies plus sombres, le vert despâturages plus éclatant. Les voix des torrents