Genève oubliait-elle donc celui qui souffrait pour sasainte cause?
Non assurément, mais vivant au milieu des alarmes,agitée par les factions intérieures ou harcelée par lesennemis du dehors, elle n'avait rien tenté encore pourle délivrer.
Cependant la belliqueuse Berne , portant haut etferme le drapeau de la Réforme, venait de s’emparer,presque sans coup férir, de tout le pays do Vaud ,mais elle n’avait pu prendre Chillon ou le sire de Beau-fort s’était enfermé avec quelques troupes piémon-taises.
Enfin, le 28 mars ! 536, la conquérante de l’anciennebaronnie de Vaud , requiert Genève , son alliée, del’aider à s’emparer de la forteresse. Un grand enthou-siasme remplit la ville du Léman , on prépare une flot-tille, on arme d’artillerie deux bonnes galères, on yplace des balles de laine pour se garantir des projectilesennemis, tous les hommes de résolution s’embarquent,la population entière couvre la rive, ses acclamationssaluent le départ dos libérateurs; on n’entend qu’uncri : — Sauvez Bonnivard !
Le 30, Chillon fut cerné et canonné, mais sa grandegalère parvint à s’enfuir, emportant le gouverneur, etles assaillants ne purent l’atteindre. Elle aborda prèsde Lugrin, sur la côte de Savoie . Là, Beaufort fit jeterà l’eau ses canons, brûler sa galère, et, suivi de sonéquipage, se sauva à travers les montagnes.
Grande anxiété des Genévois... Le prieur a-t-il étéemmené par les fuyards?...
« Les barques virent de bord et regagnent Chillon .Le château venait de se rendre. Il était près de midi.