vouloiont combattre sinon pour passer temps et pourplaisance, aussy pour tousiours exercer ses armes ; duconseil de ses privés, bien cognoissants que teullesaffaires veulent dire, fut content de leur donner jourà vouloir combattre ; c’est à savoir en teulles armes :deux courses de lance à fer esmoulu, armés en harnoisde guerro sans lice, et à l’espée, combattre jusqu’aunombre de quinze coups, ung chacun d’eulxsous teullecondition que le vaincqu seroit tenu aller crier mercy,là où le vainqueur lui commanderoit; c’est à entendreque se le champion soubslenant la querelle des ma-riés estoit vaincqu, seroit tenu aller crier mercy àMademoiselle de Savoye et à toutes les aultres damoi-selles à marier de la noble maison, et davantage uneaultre damoiselle à marier, hors la dicte maison, de-dans le pays de mon très-redoubté seygneur, là où illui seroit commandé par ce dict vaincqeur, lui estantau pays. Ains au contraire, se le champion des non-mariés estoit vaincqu, il serait tenu aller crier mercyà ma très-redoubtée dame do Savoye, ensemble àtoutes les autres dames mariées de la maison, et enoultre à la femme du dict messire de Blonay , lui_estant au pays.
Or, teul appointement estant faict, se trouvèrent lesdeux champions dessus nommés au jour assigné, quofust le douzième do may l’an MCCCCXC1V, en la placedevant le chastel de Thurin, montés et armés, assavoirle dict seigneur de Blonay , sur ung roucin grison bienbardé, et ses bardes couvertes de damas, moitié rouge,et l’aultre moitié rouge et noir, à grands bandes, etdessus l’harnois accoustré de mesme ; et Corsant montésur ung roucin de poil de pie, bien bardé aussy, et