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Cette cloche retentissante sonna au xiv’ siècle les fu-nérailles du chevaleresque Othon de Grandson, tué àBourg-en-Bresse , en présence de la cour de Savoie ,dans un duel juridique, par son ennemi irréconciliableet son accusateur Gérard d’Estavayer, seigneur d’unchâteau non moins illustre et féodalement pittoresquequi se dresse sur la rive opposée, dans le canton de Fribourg . Les familles de ces deux nobles hommes de-vaient être dès longtemps rivales pour l’empire du lac.Catherine de Belp, dame de Montagny, qui aimaitOthon et fut mariée à Gérard, qu’elle trahit selon touteapparence, raviva de vieilles inimitiés de race et fut lacause du dramatique événement dont le récit remplitles chroniques de cette époque (1).
Cette cloche héraldique sonna plus tard, — le 3mars 1476, date fatale! —l’extermination de cinquantemille Bourguignons qui, amenés par Charles-le-Témé-raire, ne purent résister à vingt mille Suisses défendantdésespérément leur pays contre un orgueilleux enva-hisseur.
Aujourd’hui l’antique célébrité de Grandson s’en vaen fumée... en fumée de cigares. Il y a là une desmeilleures manufactures de tabac du canton de Vaud .J’aperçois Onens et Concise , villages que la bataille ec-vahit et ravagea ; et là-haut, ce groupe de maisonspressées, c’est Bonvillars , tapi dans son vignoble rapide.
Au-delà de ces pentes de rocs et de taillis qui des-cendent au lac comme pour le barrer, commence cecanton de Neuchâtel tant regretté du roi de Prusse,pays riche, industriel, mais monotone, fort peu poéti-
(1) Le mausolée d’Othon est une des curiosités les plus remarquables duchœur de la cathédrale de Lausanne .