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à loisir, tout le paysage du littoral, pendant que monSuisse n’avait souci que du vin dont nous nous étionsmunis pour réparer nos forces endommagées par letravail de la manœuvre.
Au retour, nous nous fourvoyâmes dans les roseauxet eûmes grand’peine à nous en tirer.
Otez les eaux à la terre,
La terre sera sans yeux,
Et jamais sa face austèrePleine d’ombre et de mystèreNe réfléchira les deux.
C’est surtout pendant un tour en Suisse , dans ce payssi mouillé, qu’on goûte ces vers de M. Victor de La-prade, lesquels ont l’air d’y avoir été faits.
Ce fut en 1765 que J. J. Rousseau vit pour la pre-mière fois l’île de la Motte. Il écrivait de là, le 4 juil-let, à du Peyrou, et, le 20, à d’Ivernois. On trouve,dans cette dernière lettre, l’éloge de M. de Graffenried,bailli de Nidau , qui était venu rendre visite à l'illustreermite. Jean-Jacques ne se doutait guère alors que cemême personnage serait chargé, peu de temps après,de l’expulser de l’île.
En fait de littérateurs français de notre époque, jene sais que M. le comte Eugène de Montlaur, — unesprit aimable et distingué, — qui ait fait un pèleri-nage à l’île Saint-Pierre . Les souvenirs en sont consi-gnés dans les Essais littéraires (portraits, paysages etimpressions), d’où j’extrais la page que voici :
« ... Le pavillon que nous avions laissé désert, nousle retrouvâmes entouré par une foule bruyante ; ondansait, à l’intérieur et à l’extérieur ; c’était un spec-