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Bolle doit son sobriquet à sa principale garnison...Mais j’anticipe, car je n'appris tout ceci qu’en pleinlac.
Nous nous confiâmes d’abord à la Broyé, — dontl’eau est verdâtre et presque stagnante, — dans un ba-telet mince et vacillant. Bolle, debout à la proue etarmé d’une unique perche, avec laquelle il maltraitaitfort les nymphéas aux larges feuilles et aux tulipesd’or, étendus sur la superficie des eaux immobiles,Bolle, dis-je, faisait avancer rapidement notre frêleembarcation à la manière que Rousseau avait apprisesur le lac de Bienne , et nous confabulions en vieilleset bonnes connaissances, car tout Suisse qui a fait par-tie de notre armée accueille les Français comme descompatriotes.
Le vieux batelier ne me dit pas un mot de ses cam-pagnes, — je lui en fus bien reconnaissant ! — et seborna à me faire l’éloge des céréales du Vully, qui ali-mentent la comté de Neuchâtel . Je me sentais de plusen plus sympathique à cette nature droite, antique,primitive, exempte de tout rabâchage chauvinique, detout fanatisme culotte-de-peau. Il me fut facile de voirque mon homme tenait, au fond, pour la Vieille-Suisse,
— car il me toucha quelques mots de l’assemblée dePosieux, tentative de la réaction fribourgeoise , imitée,bientôt après, par la réunion prussienne de Valengin ;
— mais sa parole, expression d’une foi naïve et sé-rieuse, n’indiquait ni rancune de la défaite, ni violencecontenue, ni aigreur envenimée, ni soif de représailles.
— Quant à moi, il m’importait peu que mon conduc-teur pensât noir ou rouge.
Pendant que Bolle jasait en manœuvrant et en me