Buch 
Voyage dans la Suisse française et le Chablais : les Lacs de Genève <Léman>, de Neuchâtel, de Bienne et de Morrat / par Alfred de Bougy ; opuscules posthumes de J.-J. Rousseau et lettres inédites de Madame de Warens
Entstehung
Seite
338
JPEG-Download
 

338

leffet apparent dont la cause interne est cachée et sou-vent très-compliquée. Chacun devine à sa manière etpeint à sa fantaisie; il na pas peur quon confrontolimage au modèle ; et comment nous feroit-on con-noître ce modèle intérieur, que celui qui le peint dansun autre ne sauroit voir, et que celui qui le voit enlui-même ne veut pas montrer?

Nul ne peut écrire la vie dun homme que lui-même. Sa manière dêtre intérieure, sa véritable vienest connue que de lui; mais en l'écrivant il la dé-guise; sous le nom de sa vie, il fait son apologie; ilse montre comme il veut être vu, mais point du toutcomme il est. Les plus sincères sont vrais tout au plusdans ce quils disent, mais ils mentent par leurs réti-cences; et ce quils taisent change tellement ce quilsfeignent davouer, quen ne disant quune partie de lavérité ils ne disent rien.

Je mets Montaigne à la tête de ces faux sincèresqui veulent tromper en disant vrai. Il se montre avecdes défauts, mais il ne sen donne que daimables; ilny a point dhomme qui nen nait dodieux. Montaigne se peint ressemblant, mais de profil. Qui sait si quel-que balafre à la joue ou un œil crevé du côté quilnous a caché neût pas totalement changé la physiono-mie ? Un homme plus vain que Montaigne , mais plussincère, est Cardan. Malheureusement, ce môme Car-dan est si fou quon ne peut tirer aucune instructionde ses rêveries. Dailleurs, qui voudroit aller pêcherde si rares instructions dans dix tomes in-folio dextra-vagances ?

Il est donc sûr que si je remplis bien mes engage-ments, jaurai fait une chose unique et utile. Et quon