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l’effet apparent dont la cause interne est cachée et sou-vent très-compliquée. Chacun devine à sa manière etpeint à sa fantaisie; il n’a pas peur qu’on confrontol’image au modèle ; et comment nous feroit-on con-noître ce modèle intérieur, que celui qui le peint dansun autre ne sauroit voir, et que celui qui le voit enlui-même ne veut pas montrer?
Nul ne peut écrire la vie d’un homme que lui-même. Sa manière d’être intérieure, sa véritable vien’est connue que de lui; mais en l'écrivant il la dé-guise; sous le nom de sa vie, il fait son apologie; ilse montre comme il veut être vu, mais point du toutcomme il est. Les plus sincères sont vrais tout au plusdans ce qu’ils disent, mais ils mentent par leurs réti-cences; et ce qu’ils taisent change tellement ce qu’ilsfeignent d’avouer, qu’en ne disant qu’une partie de lavérité ils ne disent rien.
Je mets Montaigne à la tête de ces faux sincèresqui veulent tromper en disant vrai. Il se montre avecdes défauts, mais il ne s’en donne que d’aimables; iln’y a point d’homme qui n’en n’ait d’odieux. Montaigne se peint ressemblant, mais de profil. Qui sait si quel-que balafre à la joue ou un œil crevé du côté qu’ilnous a caché n’eût pas totalement changé la physiono-mie ? Un homme plus vain que Montaigne , mais plussincère, est Cardan. Malheureusement, ce môme Car-dan est si fou qu’on ne peut tirer aucune instructionde ses rêveries. D’ailleurs, qui voudroit aller pêcherde si rares instructions dans dix tomes in-folio d’extra-vagances ?
Il est donc sûr que si je remplis bien mes engage-ments, j’aurai fait une chose unique et utile. Et qu’on