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et animal lorsqu’ils seront bien étudiés sous le rapport économique (1)? Leministre n’a pas négligé de signaler ce fait, en disant que des expériencesseraient faites sur l’introduction et l’acclimatation dans nos contrées de nou-velles espèces végétales ou animales étrangères à notre sol et à notre climat,et que ces essais seraient poursuivis au double point de vue de la science et de l’é-conomie.
Versailles offre, comme le dit le ministre, et sans frais de constructiond’établissements qui existent déjà, toutes les ressources désirables pour cesdiverses études ; mais nous devons ajouter que, pour l’acclimatation des vé-gétaux comme des animaux des pays chauds (et ce sont ceux qui nous enfournirons le plus), il serait utile plus tard d’avoir une succursale, que l’onpourrait annexer, sans beaucoup de frais, à une des écoles régionales descôtes de la Méditerranée. Un changement tron brusque de la température
(1) Nous ne pouvons pas nous empêcher ici de faire une réflexion qui nous a toujours occupépendant tout te temps de notre vie, passée à étudier les sciences naturelles dans leurs rapportsavec l’agriculture. Les naturalistes français, considérés à juste titre comme les plus célèbres dumonde, ont étudié dans les trois règnes de la nature tout ce qu’il a été possible de se procurer; ilsont fait les recherches microscopiques les plus ingénieuses sur tous les tissus végétaux et animaux,sur les minéraux; ils poussent leur amour de la science jusqu’à rechercher la disposition des or-ganes de la vie des animalcules qui sont, dans les profondeurs de la mer et dans l’humidité del’atmosphère, la décomposition des corps organisés; ils vous diront comment ils digèrent, com-ment ils respirent, comment ils se reproduisent; ils vous décriront jusqu’à leurs mœurs, leurs ha-bitudes; ils les ont classés chacun à leur place dans l’échelle zoologique. Tous ces travaux, toi^les dessins qui les reproduisent provoquent notre admiration, et ils n’ont rien fait pour nousenseigner l’art de perfectionner nos races d’animaux domestiques. A l’exception de Buflon, deDaubenton et d’Isidore Geoffroy-Saint-Ililaire, qui s’occupe en ce moment avec un louable zèled’acclimatation et de domestication d’animaux dont notre agriculture peut s’enrichir, nous neconnaissons pas de naturaliste qui se soit occupé avec fruit de l’application de sa belle scienceà l’augmentation des produits du sol. Ces savants du premier ordre aiment mieux s’élever dansles hauteurs de la science spéculative , et y rester, que de s’attacher à faire prospérer l’agriculture,qui pourrait devoir à leurs travaux les plus belles découvertes. Elle doit cependant à Parmentierla rapidité avec laquelle la pomme de terre s’est répandue, et à Daubenton et Gilbert la multipli-cation du mérinos en France. Ces exemples n’auraient-ils pas dû leur suffire pour attirer leurattention sur un sujet aussi grave? Les chimistes, les physiciens, les mathématiciens ont agi biendifféremment: sans négliger leurs savantes recherches, ils ont doté les arts, l’industrie, des pro-cédés de fabrication, des machines, des combinaisons qui ont fait et leur gloire et leur fortune.Les naturalistes auraient aussi fait la gloire et la fortune de l’agriculture s’ils avaient, dans leurspécialité, imité leurs collègues. Mais il faut espérer que l’organisation de l’enseignement agricoleproposé par le ministre, et surtout l’institut national agronomique, remédieront à cet oubli dessciences naturelles.