femmes ont une mission très-importante à remplir dans nos exploitationsrurales, ne l’oublions pas. Ignorantes, elles ne peuvent que seconder fortmal des hommes intelligents, quand elles n’entravent pas leur marche; etpuis, il ne saurait y avoir entre eux de sympathies durables. Ces femmes,au contraire, ont-elles reçu dans les pensionnats des villes une éducationplus sérieuse, elles croient se ravaler en prenant la direction d’un intérieurd’exploitation, ou bien, si elles acceptent à regret cette direction, c’est lepins souvent pour en compromettre l’avenir.
Il serait donc urgent, à notre avis, de créer sans retard quelques écolesprofessionnelles pour les jeunes filles des campagnes. Tant qu’il n’en serapas ainsi, elles s’éloigneront des champs, tandis que les jeunes hommesd’intelligence tendront à y revenir. Or, signaler ces tendances qui se pro-duisent et se produiront en sens inverse, c’est en indiquer implicitementles fâcheuses conséquences.
Je désirerais aussi que l’on exigeât des élèves diplômés de nos écolesnormales primaires une année de stage dans les écoles régionales. Enmême temps qu’ils y puiseraient des connaissances désormais indispen-sables à leur profession , on pourrait les charger de l’enseignement des ma-thématiques, de la géométrie, de l’arpentage, du cubage, etc.
Le projet d’enseignement professionnel qui nous occupe n’est pas, je lesais, à l’abri de certaines critiques plus ou moins fondées en apparence;mais la plupart de ces critiques tombent en présence des circonstancesau milieu desquelles le projet en question a été conçu. L’industrie agricoleest dans l’enfance, l’empirisme la domine, les livres élémentaires nousmanquent, les professeurs nous manquent également; et certes, dans untel état de choses; l’organisation de l’enseignement ne saurait répondre àtoutes les exigences, mais on ne doit raisonnablement ni rapetisser ni tropélargir le cadre qui nous est tracé. Du moment où le pouvoir ouvi'e àl’intelligence une carrière nouvelle, les hommes spéciaux ne se feront pasattendre longtemps.
Quelques-uns de nos collègues seraient d’avis, nous assure-t-on, qu’onlaissât les écoles régionales à la charge des particuliers. Nous comprenonsqu’il en soit ainsi pour les fermes-écoles, c’est-à-dire pour l’enseignementpratique, mais pour l’enseignement du second degré, cela ne peut être.Dans ce cas-ci on ne doit point s’attendre à bénéficier; on doit s’attendre,au contraire, à des sacrifices. Il s’agit d’études expérimentales; des parti-
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