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pour faire voir si le travail manque ou non? Eh bien, quel est le salaire del’homme dans les campagnes? 1 franc, 1 franc 25 cent., 1 franc 5 o cent,au maximum. Quel est le salaire des femmes? 12 sous, i 5 sous, 20 sousdans la saison d’été: donc il y a assez de bras dans les campagnes.
On a parlé souvent de l’ignorance des cultivateurs, de leurs idées deroutine. Entendons-nous sur ce point ; ceci me conduira tout à l'heure àparler de cette prétendue ignorance. Eh bien, réunissez des cultivateurs,interrogez-les ensemble, discutez avec eux, et vous verrez s’ils sont si igno-rants qu’on veut bien le dire -, s’ils sont si enfoncés dans les profondeurs dela routine; voyez si cette ignorance ne s’est pas complètement évanouie làoù des comices agricoles ont été fondés.
Les domestiques eux-mêmes participent aux lumières des maîtres, et, ilest bon de le dire, toujours les bons maîtres font les bons domestiques.Partout où il y a un maître éclairé, les domestiques s’éclairent, et partoutoù les domestiques suivent les leçons de leurs maîtres, partout où ils rai-sonnent avec leurs maîtres, où ils cherchent à s’éclairer, là on voit l’agri-culture faire des progrès. Eh bien, si l’on veut arriver à faire faire des pro-grès nouveaux à l’agriculture, c’est de mettre des cultivateurs éclairés encontact avec des domestiques qu’ils formeront aux nouveaux procédés deculture.
Oui, assurément, il y a un grand défaut d’instruction : l’instruction pri-maire 11’est pas assez répandue dans nos campagnes.
Depuis trente ans, je m’occupe d’instruction primaire, et je puis enparler en connaissance de cause. Eh bien ! malgré l’argent énorme qui aété dépensé, malgré l’incessante sollicitude du dernier gouvernement, caril faut être juste, même envers un gouvernement déchu, quand il a faitde bonnes choses, cependant l’instruction primaire n’a pas fait les progrèsquelle devait faire. Pourquoi? parce que les enfants ne vont aux écoles quede six à douze ans, et encore les trois quarts vont aux champs pendant septmois de l'année; parce que sur dix villages, il y en a neuf où les enfants nevont pas à l’école pendapt six mois de l’année.
Voilà les causes de l'ignorance, et, en supprimant ces causes, en insti-tuant des cours du soir ou du matin, de manière que l’enfant puisse aller,pendant le jour, dans les champs travailler auprès de son père et de samère, et prendre son instruction ensuite, vous aurez satisfait à tous lesbesoins. Voilà ce qu’il faut faire; mais si vous voulez donner aux enfants