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Eh bien, dans quelle voie M. le ministre veut-il vous faire entrer? Est-cedans une voie pratique, dans une voie capable de corriger les inconvénientsqui ont été signalés? Non. D’après ses propres paroles, je ne crains pasde dire qu’il empirera la position, et je demande la permission de citer lesparoles de M. le ministre de l’agriculture.
«La nécessité de faire des expériences, de tenter des essais qui peuventcompromettre les résultats généraux delà culture, rendent indispensable,dans ce cas, l’exploitation par l’État. Aussi avons-nous pensé que les écolesrégionales devaient être l’œuvre du Gouvernement, à la charge duquel tom-beraient naturellement, dans ce cas, les dépenses de premier établisse-ment, ainsi que les fi’ais de culture qui seraient, à fort peu de chose près,couverts par les recettes. »
Ainsi, dans les écoles régionales, on ne fera pas de l’agriculture profitable ;on veut faire de l’agriculture de dévouement.
Et à quelles limites M. le ministre veut-il étendre l’enseignement del’agriculture officielle ? Écoutez encore ce passage des motifs de son projet :
«Tenant compte du défaut d’hommes capables et de la nécessité de res-treindre les dépenses, nous avons pensé qu’une ferme-école par arrondis-sement suffirait aux besoins de l’agriculture, au moins pendant quelquetemps encore. »
Ainsi, dans la pensée du ministre, nous n’entrevoyons pas de limite àson exploitation du sol aux dépens de l’État.
Citoyens, je ne veux pas insister; je n’ai qu’un mot à ajouter. Vous avezrétabli l’ordre dans la rue, c’est un grand "bienfait pour le pays; mais, si vousne rétablissez pas l’ordre dans les finances, vous n’avez rien fait, absolumentrien. Le désordre dans la rue, c’est un orage qui passe et qui finit par uncoup de tonnerre; mais le désordre dans les finances est une cause inces-sante qui agite et soulève les populations. C’est par le désordre dans lesfinances, bien plus que par le désordre dans la rue, que nous serons con-duits à une catastrophe sociale, si vous ne résistez pas à cette fièvre dedépenses. Aussi, ce que les cultivateurs réclament de vous, ce n’est pas deleur envoyer des professeurs, mais de diminuer leurs charges; c’est pour-quoi je vous demande d’ajourner le décret jusqu’à ce que les conseils géné-raux , à la veille de se réunir, nous fassent connaître le besoin qu’ils éprouventde fermes-écoles et la part qu’ils veulent y prendre.