— 443 —
penses que l’état de nos finances ne nous permettrait pas d’entreprendre. »
Cependant, depuis cet exposé, il vous a été proposé pour 200 millionsde crédits extraordinaires; je dis que cet état de notre budget présenté parM. le ministre des finances, que cet engagement d’une constante énergie àrepousser tout crédit supplémentaire est la réponse la plus catégorique quenous puissions faire aux demandes de crédits extraordinaires qu’on vient sanscesse nous faire. Mais ce qu’il faut que vous sachiez, c’est la position quirésulte pour nos cultivateurs de ces charges énormes qu’ils supportent; lefruit de leur travail est complètement anéanti par l’impôt. Vous avez écritdans votre Constitution que la société devait respecter les fruits du travail;eh bien, il n’est plus de fruit du travail pour nos cultivateurs.
Chaque jour je vois des cultivateurs qui viennent à Paris vendre leursdenrées, les vignerons me montrent leurs bordereaux de vente, ils ne ven-dent pas leurs vins de manière à couvrir leurs frais de récolte, et le fruitd’un travail d’une année, de plusieurs années quelquefois, est complètementanéanti. Je pourrais vous apporter les chiffres et vous renvoyer à tous lescommissionnaires de Paris. Ils ne pourront pas révoquer en doute ce queje vous avance.
Nos laboureurs ne sont pas dans une situation plus heureuse. Je vous enparle savamment, parce que je suis laboureur moi-même, parce que jesuis fermier d’un côté, propriétaire de l’autre. (Bruit. — Parlez! parlez!— Très-bien ! )
Eh bien, le prix du travail est anéanti pour nos laboureurs. Dans lesannées ordinaires, c’est à peine si le laboureur peut recueillir l’intérêt deson capital et le salaire de ses bras; mais aujourd’hui le fermier n’a plus nil’intérêt de son capital, ni le salaire de ses bras; il vit sur son capital, ilabsorbe le capital agricole. Et c’est dans ce moment, lorsque le capital agri-cole de la France disparaît que vous venez parler d’augmenter les impôts descultivateurs pour leur envoyer des professeurs qui en savent moins qu’eux.(Interruptions diverses.) Oui, je soutiens que ces professeurs en savent bienmoins que nos cultivateurs ; je vous renvoie, pour vous en convaincre, auxfermes de la Flandre, de la Beauce, de la Brie, de la Picardie, de la basseBourgogne; je n’ai jamais vu une ferme-modèle qui approchât des fermestenues par nos vrais cultivateurs; les fermes-modèles n’en approchent nipour le choix, ni pour le bon entretien des bestiaux, ni pour la combinaisondes assolements, ni pour la bonne direction, ni surtout pour le profit.
56 .