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abruptes . Ici , le regard est comme porté par une heureuseperspective de plans successifs et fuyants , jusqu ’ à ce qu ’ ilatteigne aux pentes reculées du fond , sur lesquelles s ’ al-longe le glacier des Martinets , au pied des deux dents deMorcles .
A ce tableau d ’ une rare fraîcheur , à la fois sévère et capti-vant , s ’ ajoutent les détails prochains , le plaisir d ’ une vérita-ble pelouse alpestre , au gazon fin et ras , les blocs déjà cou-verts de rosages , les grands sapins qui servent d ’ abris auxtroupeaux , et dont plus d ’ un a été coupé en deux par l ’ orageou l ’ avalanche , les sources qui jaillissent du milieu d ’ un litde mousse , les fraises , les fines fraises de la montagne , lesplus parfumées de toutes , qui abondent autour des troncs etsur le penchant de la côte , enfin les plantes rares , dont le bo-taniste remplit sa boite et dont les dames font des bouquets .En plein rocher croit le bel ononis à feuilles rondes et àgrandes fleurs roses ; ailleurs , sous les pierres humides , lejoli silène à quatre dents , dont les pétales sont si artiste -ment découpés ; plus loin , dans l ’ ombre épaisse de la forêt ,la pvrole à une fleur , l ’ un des chefs - d ’ œuvre de la végétationalpestre , dont chaque corolle s ’ incline comme pour mieuxrépandre son parfum autour d ’ elle ; partout , la jolie violettejaune à deux fleurs , le thym des Alpes , la petite astrance , àl ’ aigrette si fine , les véroniques bleues ou roses , les verge -rettes lilas , et tant d ’ autres que je passe sous silence , maisque sûrement on ne négligera pas .
Nul ne regrettera le temps qu ’ il aura perdu à flâner danscette gracieuse prairie , en poussant quelques pointes jusque