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Jura ; mais le Léman change beaucoup d’aspect, selon qu’onle regarde de la Dent du Midi ou des Diablerets. De la Dentdu Midi, on en voit deux tronçons. Le premier, de Villeneuveà Saint-Saphorin, est si net, si bleu, (fu’on distingue jusqu’aureflet des maisons de Glarens et de Vevey ; le second, beau-coup plus éloigné, s’allonge comme une rivière, de Rolle àGenève ou peu s’en faut. Des Diablerets, au contraire, lesextrémités manquent, et l’on n’en voit que la partie centrale,d’Ouchy aux environs de Nyon .
Le véritable intérêt de cette première moitié du panoramaest dans son étendue infinie. Le Jura lui-même n’est pas unebarrière. Par delà sa longue ligne arquée surgissent des ondu-lations confuses, et l’on dit : C’est la France . Quant au plateausuisse , on l’enfile dans sa longueur, aussi loin que le permet laconvexité de la terre. Où sont l’Aar, la Reuss , le Rhin ? On nesait ; mais on voit les contrées qu’arrosent ces fleuves, on voitmême certainement plus loin, et l’on dit : C’est l’Allemagne .Le plus souvent une brume traîtresse coupe court aux suppo-sitions et aux calculs ; mais quand le temps est parfaitementclair, que tous les détails se dessinent à l’oeil, on a sous lesyeux une immense carte géographique, et le seul regretqu’on éprouve est de n’avoir pas le temps de l’étudier à loi-sir. Quelle infinité de villes, de villages et quel tapis bigarréque la surface de la terre ! Ici des taches sombres, qui indi-quent les grandes forêts de sapins, là le vert franc des prai-ries, puis le vert plus gris des vignobles, ou le blond doré deschamps mûrs pour la moisson ; le tout entrecoupé de filetsblancs, qui sont des rivières, et de nappes grises ou bleues,