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Tome I.
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INTRODUCTION. 155

honnête homme, il mérita, sinon l’amour, du moinsl’estime de ses sujets.

Au reste, on peut remarquer chez les premiers mo-narques prussiens, comme chez les premiers rois deRome, un caractère, des principes, une politique par-faitement appropriés aux besoins de l’époque où ils ré-gnèrent; leurs défauts mômes tournèrent à l’avantagedu pays. Ainsi, après le vigoureux gouvernement duGrand-Électeur, la vanité de Frédéric I er , son fils, par-vient à introduire la couronne royale dans sa famille ;et le caractère inflexible, l’humeur sauvage du secondroi, posent les hases de la discipline militaire, en mêmetemps que son industrieuse parcimonie, restaurant lesfinances, épuisées par les prodigalités du règne précé-dent, amasse le trésor qui permettra au grand Frédéricde prendre, dès son début, une attitude si imposante.

De bien petites causes produisent souvent de gravesrésultats : un jour, au siège de Tournai, dans la cam-pagne de Flandre, Frédéric-Guillaume, qui n’était en-core que prince royal, surprit deux généraux anglais sedisputant; l’un soutenait que le roi de Prusse ne pour-rait, sans subsides, entretenir quinze mille hommes;l’autre, qu’à lui seul il pouvait en solder vingt mille.«Le roi de Prusse, leur dit le jeune prince, avec chaleur,en entretiendra trente mille, quand il voudra. » Etdès lors il résolut de le prouver.