UE FRÉDÉRIC II. 1 G."»
assez pour l’effrayer, ajoutant qu’à tout prix il fallaitempêcher le Roi et son fils d’aller au spectacle.
Mais écoutons la margrave de Bareith elle-même, té-moin et unique narratrice de cet épisode : « Le vendrediétant enfin arrivé, la Reine, après m’avoir fait mille ca-resses, m’ordonna d’amus^ le Roi, afin de lui faire ou-blier l’heure fixée pour la comédie; ajoutant que, si je neréussissois pas, et que le Roi voulût prendre mon frèreavec lui, je devois crier, pleurer et l’Arrêter, s’il étoit pos-sible. Pouiyne faire plus d’impression, elle me dit qu'il yalloit de ma vie et de celle de mon frère. Je jouai si bienmon personnage, qu’il étoit six heures et demie sans quele Roi s’en fût aperçu; s’en rappelant tout d’un coup, il seleva, et prenoit déjà le chemin de la porte, tenant son filspar la main, lorsque celui-ci commença à se débattre, età faire des cris terribles. Le Roi, surpris, tenta de le ra-mener parla douceur : mais, voyant qu’il n’y gagnoit rienet que ce pauvre enfant ne vouloit pas le suivre, il voulutle battre. La Reine s’y opposa; mais le Roi, le prenantsur ses bras, voulut l’emporter de force. Ce fut alors queje me jetai à ses pieds que j’embrassai, en les arrosantde mes larmes. La Reine se mit au-devant de la porte,le suppliant de rester ce jour au château. Le Roi, étonnéde cet étrange procédé, en voulut savoir la cause. LaReine ne savoit que lui répondre. Mais ce prince, natu-rellement soupçonneux, conjectura qu’il y avoit quel-que conspiration contre lui. Le procès de Trosqui 1
1 Gentilhomme silésien qui, après avoir fait le métier d’espion prus-sien au camp suédois, pendant la campagne de Stralsund, fut arrêtésous la prévention de même métier à Berlin, pour le compte des Suédois.