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HISTOIRE
« J’allai, dit Voltaire, présenter au Roi mes profondshommages. Je trouvai à la porte de la cour un soldatpour toute garde. Le conseiller privé Rambonet, mi-nistre d’État, se promenait dans la cour en soufflantdans ses doigts. Il portait de grandes manchettes detoile sales, un chapeau troué, une vieille perruque demagistrat, dont un côté entrait dans une de ses poches,et l’autre passait à peine l’épaule. On me dit que cethomme était chargé d’une affaire d’État importante; etcela était vrai. Je fus conduit dans l’appartement de SaMajesté, il n’y avait que les quatre murailles. J’aperçusdans un cabinet, à la lueur d’une bougie, un petit gra-bat, de deux pieds et demi de large, sur lequel était unpetit homme affublé d’une robe de chambre de grosdrap bleu : c’était le Roi qui suait et qui tremblait sousune méchante couverture, dans un accès de lièvreviolent. Je lui fis la révérence, et commençai la con-naissance par lui tâter le pouls, comme si j’avais étéson premier médecin. L’accès passé, il s’habilla et semit à table. Algarotti, Kayserling, Maupertuis 1 , le mi-
1 Frédéric, dans une lettre datée de Wesel, le 2 septembre 1740,mande à Jordan : « Maupertuis est arrivé. Joli garçon, aimable encompagnie; cependant de cent piques inférieur il Algarotti. Je prépareune petite esclandre à M. de Siège, et je veux voir quel train celaprendra avant que de partir d’ici. Je n’ai point encore résolu où etcomment je verrai Voltaire. » Dans une autre lettre, du 24 septembre,il dit : « J’ai vu ce Voltaire, que j’étais si curieux de connaître, maisje l’ai vu ayant ma fièvre quarte, et l’esprit aussi débandé que le corpsaffaibli. Enfin, avec des gens de son espèce, il ne faut point être ma-lade; il faut même se porter très-bien, et être mieux qu’à son ordi-naire, si l’on peut. Il a l’éloquence de Cicéron, la douceur de Pline et