HISTOIRE
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J7S3- les mains un volume grand in-4°, contenant les poé-sies manuscrites du Roi ; il les examinait à loisir, etproposait ensuite ses corrections au royal auteur.Quand Voltaire partit, Frédéric ne réclama point sonvolume, soit qu’il le crût déposé entre les mains d’untiers, soit par crainte d’afficher une méfiance inju-rieuse. Ne le voyant pourtant pas revenir, il fit pren-dre des informations, et apprit que ses poésies cou-raient la poste avec Voltaire. Cette négligence de sonancien ami le contraria vivement; mais, bientôt, deperfides suggestions lui firent craindre une vengeance,terrible surtout pour un poëte-roi ’. Voltaire étaitblessé au vif; ne pouvait-il pas réclamer les vers qu’ilavait donnés, et rendre malignement la vie à des fau-tes par lui effacées? Ne trouverait-il pas aussi une joiecruelle à divulguer quelques-uns de ces traits acérésque Frédéric avait lancés contre plus d’une tête cou-ronnée ? Tout d’ailleurs annonçait en lui la volonté dene jamais revoir la Prusse.
A l’appui de ces insinuations, on signalait au Roid’indignes satires, de mordantes épigrammes officieu-sement attribuées à Voltaire. Frappé du danger, Fré-déric sent croître ses inquiétudes ; il veut les calmer :un courrier part pour Francfort, avec ordre au Chargéd’affaires prussien d’y retenir Voltaire jusqu’à ce qu’ilait restitué sa croix du Mérite , la clef de chambellan,le brevet de pension, et surtout le manuscrit.
11 était temps que le message arrivât, car les che-
1 Condorcet, Vie de Voltaire.