JUSTIFICATIVES. î)4 ô
feraient une diversion en Moravie. On s’est porté sur Iglau, d’oùM. Lobkowitz s’est retiré en hâte.
« Cette diversion aurait eu un effet décisif, si M. de Ségur avait eu lapatience d’attendre les suites de cette opération, et si M. de Broglioavait été assez en force sur la Woltava pour seconder mes efforts;mais la précipitation du premier, le peu de troupes de l’autre, la mau-vaise volonté des généraux saxons, enfin le défaut d’artillerie pour as-siéger Brunn, ont fait échouer cette entreprise, et m’ont obligé de quit-ter une province que les Saxons devaient posséder et qu’ils n’avaientpas la volonté de conquérir.
« De retour en Bohême, j’ai marché contre le prince de Lorraine ; jel’ai attaqué pour sauver la ville de Prague qu’il aurait assiégée, s’iln’avait été mis en déroute; je l’ai poursuivi autant que les vivres mel’ont permis. Aussitôt que j’appris que le prince de Lorraine prenait lechemin de Tabor et de Budweis, j’en avertis M. de Broglio en lui con-seillant d’expédier M. de Lobkowitz, qu’il venait de battre h Sahé, avantque l’armée de la reine de Hongrie pût le joindre : M. de Broglio nejugea pas à propos de prendre ce parti, et, au lieu de retourner h Pi-seck, où le terrain le favorisait, il partagea ses troupes en différents dé-tachements. Vous êtes informé quelles en furent les suites et de toutce qu’il en est résulté de fâcheux.
« Maintenant la Bavière est coupée de la Bohême, et les Autrichiens,maîtres de Pilsen, interceptent en quelque sorte les secours que le ma-réchal de Broglio peut attendre de la France. Malgré les promesses queles Saxons ont faites au maréchal de Belle-Isle, loin de se préparer àles remplir et à se joindre aux Français, j’apprends qu’ils quitlenl laBohême et retournent dans leur électorat.
« Dans cette situation, où la conduite des Saxons est plus quesuspecte, et où il n’y a rien à espérer de M. d’Harcourt, l’avenir ne meprésente qu’une guerre longue et interminable, dont le principal far-deau retomberait sur moi. D’un côté, l’argent des Anglais met toutela Hongrie en armes ; d’un autre côté, les efforts de l’Impéralricc-Iteinefont que ses provinces enfantent des soldats. Les Hongrois se prépa-rent à tomber sur la Haute-Silésie. Les Saxons, dans les mauvaisesdispositions que je leur connais, sont capables d’agir de concert avecles Autrichiens, et de faire une diversion dans mes pays héréditaires,à présent sans défense. L’avenir ne m’offre que des perspectives fu-nestes, et, dans une situation aussi critique (quoique dans l’amertume