CIIAl’lTUE III.
97
si calme, s’exaltant de jour en jour avec une sauvage énergie,puis éclatant comme la foudre sur deux tètes innocentes ; dans les'rues, l’émeute et la terreur, et au milieu, des groupes désolés;une foule irritée assiégeant les murs du temple où se réfugientles victimes; l’orgueilleuse Berne prenant pour la premièrefois, vis-à-vis de Fribourg, une attitude suppliante; les pou-voirs déplacés, confondus, le sénat suprême transformé encour de justice, des procédures violentes, d’honorables citoyensproscrits, fugitifs, des femmes saisies et menacées, un ma-gistrat que décorent les insignes de la chevalerie, précipité desa chaise curule; un tribun fougueux appelant sur sa tète lavindicte publique, un Prélat attisant toutes ces colères, enfindeux exécutions sanglantes, tel est le lugubre et saisissant tableau,que présente Fribourg pendant l’hiver de 1512 1 .
C’était Georges Supersax 2 qui travaillait les Suisses pour laFrance. Il était allié à l’Evêque Schinner par un double ma-riage. Des intérêts de famille les brouillèrent, et la politique op-posée qu’ils suivirent acheva d’en faire des ennemis irrécon-ciliables. Les dixaius du Valais prirent fait et cause les uns pour,les autres contre l’Evêque, et celte division s’étendit jusque cheznous. Schinner, armé de l’autorité spirituelle, avait forcé Supersaxà s’expatrier, et celui-ci était venu s’en plaindre à Fribourg. Maisau lieu d’y trouver la protection qu’il espérait, il fut arrêté le jourde St. Maurice , à la réquisition de l’Evêque de Sion, et détenupendant prés de deux mois. On voulait obtenir de lui des révé-lations touchant la retraite de Marligny 3.
1 I.a chronique Montcnach commence le récit (le ce qui va suivre par ces mois:
lucipit hic memorabilissima historia, si uuquam in inumlo luit, pradoris Arsont,Friliurgeusis, publiée capite plexi, tumultus popularis pcriculosi, tolius Helveliæ,ItcliRiosorum et omnium cognatorum fruslraneæ interccssionis, mullortim l'ugæ ethellicaï pra-paralionis, cuiu mollis circumstantiis. — 2 Supersax (Auf der Fluc,Surpierre) était né à tilys, petit bourg au-dessous de lîrigg. — 3 A civibus eaptuset dclcntus est ad perscrutaudaui causam reversionis llelvetiorum. Inf. Dorn. Frib.A. O.