Band 
Troisième partie.
Seite
288
JPEG-Download
 

288

TROISIÈME PARTIE.

informa son gouvernement des mesures qu’il avait prises pour in-tercepter la fuite de Chenaux, en faisant occuper le pont deFeygise, derrière St. Légier, et le pied du Jaman, derrière Mon-treux; car il était probable que ce chef se réfugierait en Savoie,où il avait beaucoup de connaissances. Le bailli conseillait de fairegarder Corsier, point de communication entre Châtel et Lavaux.

Il faisait observer que la bourgeoisie de Vevey communiquaitbeaucoup avec la partie méridionale du canton de Fribourg etavec la Gruyère, à cause du commerce de bois, de vin et de fro-mage; les habitants de Blonay de même; qu’il avait remarquéparmi ses administrés beaucoup de répugnance à marcher, au be-soin, contre Fribourg, etc. Il demandait ce qu'il fallait faire pourle cas où ceux de Châtel prendraient les armes. Il transmettait enmême temps une lettre que lui adressait un espion envoyé sur leslieux !.

Sur ces entrefaites, Chenaux, proscrit et fugitif, fut lâchementtrahi et assassiné, dans la nuit du 4 au 5, entre Posieux et Ecu-villens, par un de ses partisans nommé Henri Rossier 2 , qui allaimmédiatement en faire l’aveu à l’official bailli val d’Illens; puis,ayant placé des sentinelles près du cadavre, il s’en alla chez luiattendre qu’on vînt l’arrêter.

Dès que le gouvernement eut reçu l’avis officiel de ce fait, il fitpublier un décret portant que Chenaux aurait dû subir la punitiondue à son crime, pour s’être rendu coupable de félonie, haute-trahison et lèse-majesté; pour avoir arrêté, à main armée,, unhomme envoyé parle souverain, l’avoir fait fouiller, pris ses dé-pêches, lacéré et foulé aux pieds une partie d’icelles, excité unenombreuse troupe à la révolte, et s’être mis à sa tête pourexécuterson horrible complot; mais que la Providence ayant permis qu’ilfut tué par un de ses propres complices, son cadavre devait être

I Archives de la chambre secrète de Berne. — 2 Voir dans le Tocsin fribour-g eois, 2 e édition, l’interrogatoire de celui-ci.