CHAPITRE IX.
299
Quelques membres •voulaient encore faire fustiger et marquerRossier, Chappuis et Sudan; mais cette opinion ne prévalut pas.
Le samedi 23 Juin, les cinq condamnés, en habit de paysan,chapeau sur la tête et sans chaînes, entourés de sautiers et de va-lets de ville, furent amenés devant la maison-de-ville par un dé-tachement, dont les armes étaient chargées. Les troupes qui setrouvaient sur la place formèrent un bataillon carré, au milieu du-quel on fit agenouiller les victimes, tête découverte, en face dubalcon. Là le greffier, entouré de messieurs du droit et d’une foulede curieux, lut un rapport sur l’insurrection, puis le précis de laprocédure de chaque condamné, en faisant observer que, bien quela sentence du mercredi 20 Janvier portât la peine de mort contreles cinq coupables pour crime de haute trahison et lèse-majesté,toutefois LL. EE. du suprême sénat, par un effet de leur bontéordinaire, leur faisaient grâce de la vie.
On voyait, dans le cercle, beaucoup d’officiers et de jeunesmesseigneurs , en dehors moins de monde qu’on ne devait s’y at-tendre. On faisait peu attention et tant de bruit qu’on n’entendaitpresque rien.
A la fin, le greffier lut les sentences, après avoir averti le pu-blic de se découvrir. Elles portaient : 1° que Rossier, Chappuis etSudan étaient condamnés à 101 ans de galères et qu’ils y seraientconduits le plus tôt possible. A ces mots, les deux premiers semirent à trembler violemment jusqu’au bout. Il fut fait mention dela faveur accordée à Rossier, à cause de sa mauvaise jambe. 2°Que Huguenot était condamné à 30 ans de galères, et Barras à unan de sonnettes, puis à un bannissement de la Suisse pour la vie.
La lecture achevée, comme personne ne donnait des ordres,on laissa encore quelque temps ces malheureux à genoux , jusqu’àce qu’enfin le secret Muller-Misto, qui n’était que spectateur, lesfit lever. Les sautiers approchèrent : on fit rentrer les condamnésdans les rangs de leur escorte, et, le chapeau sur la tête , ils s’a-