Band 
Troisième partie.
Seite
377
JPEG-Download
 

CHAPITRE XII.

377

inanité, comme celle qui, il y a plus de mille ans, substitua aupolythéisme la croyance d’un Dieu unique , en occident par l’évan-gile, en orient par l’islam. Elle substitua à la doctrine du droitdivin, celle du contrat social et de la souveraineté du peuple, àl’union de l’État et de l’Église, que l’on croyait indissoluble, leprincipe de la liberté des cultes, au règne du privilège des castes,celui d’une parfaite égalité devant la loi.

Ce n’est pas sous les ruines de la Bastille qu’il faut chercher l’o-rigine de cette révolution. Elle commença alors que Montesquieuet Rousseau entreprirent la propagande des idées constitutionnelles,que Délolme et Mably présentèrent la constitution anglaise à l’ad-miration de l’Europe, que Beccaria débrouilla l’alfreux cahos desthéories pénales, que Voltaire et les encyclopédistes signalèrentouvertement les préjugés et les abus de l’époque.

La Suisse, où le principe de la liberté n’avait jamais été entiè-rement étouffé par les usurpations aristocratiques, et dont les deuxtiers professaient le culte réformé, la Suisse, contiguë au volcanrévolutionnaire, devait naturellement en ressentir les premièressecousses.

Les Etats fédératifs, dont elle se composait, portaient en eux-mêmes le germe de la corruption, tout comme autrefois la ligueachéenne. La disproportion des membres, leur connexion laxe,leur vitalité disparate ne permettaient à ce corps ni longévité, nifacilité de mouvements, et cette gêne de la circulation intérieure,jointe au souffle empesté du dehors, devait bientôt compromettreson existence. L’apparence était robuste , il est vrai, mais dans lesentrailles fomentaient deux éléments fébriles et délétères : l’auto-nomie cantonale et la suprématie d’une classe sur l’autre. Jamaisles amphictyons de la Suisse ne fussent parvenus à détruire cettedouble diathèse. Il ne fallait pour cela rien moins qu’une révolutionviolente, générale, radicale, et une puissante impulsion du dehors.Sous ce rapport, l’intervention française fut un bienfait pour la