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DE PARIS A LA FERTÉ-SOUS-JOUARRIÎ. 19

Paris , une vraie salle de spectacle, construite dès 1547, —dit un manuscrit de la bibliothèque locale, — tenant ducirque antique en ce qu’elle était couverte d’un velarium,et du théâtre actuel en ce qu’il y avait tout autour desloges fermant à clef, lesquelles étaient louées à des habi-tants de Meaux . On représentait là des mystères. Unnommé Pascalus jouait le Diable et en garda le surnom.En 1562 il livra la ville aux huguenots, et l’année d’aprèsles catholiques le pendirent, un peu parce qu’il avait livréla ville, beaucoup parce qu’il s’appelait le Diable. —Aujourd’hui Paris a vingt théâtres, Ja ville champenoisen’en a plus un seul. On prétend qu’elle s’en vante ; c’estcomme si Meaux se vantait de n’êtrc pas Paris .

Du reste, ce pays est plein du siècle de Louis XIV . Ici,le duc de Saint-Simon ; à Meaux, Bossuet ; à la Ferté-Milon,Racine; à Château-Thierry, La Fontaine . Le tout en unrayon de douze lieues. Le grand seigneur avoisine le grandévêque. La tragédie coudoie la fable.

En sortant de la cathédrale, j’ai trouvé le soleil voilé etj’ai pu examiner la façade. Le grand tympan du portailcentral est des plus curieux. Le compartiment inférieurreprésente Jeanne, femme de Philippe le Bel , des deniersdo laquelle l’église fut construite après sa mort. La reinede France , sa Cathédrale à la main, se présente aux portesdu paradis. Saint Pierre les lui ouvre à deux battants.Derrière la reine se tient le beau roi Philippe avec je nesais quel air de pauvre honteux. La reine, fort spirituelle-ment sculptée et atournée, désigne le pauvre diable deroi d’un regard de côté et d’un geste d’épaule, et sembledire à saint Pierre : Bah! laissez-le entrer par-dessus lemarché !