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LE RIIIN.
La Vesdre est une rivière-torrent qui descend de Saint-Cornelis-Munster, entre Aix-la-Chapelle et Duren , à traversVerviers et Chaulïontaines, jusqu’à Liège , par la plus ravis-sante vallée qu’il y ait au monde. Dans cette saison, par unbeau jour, avec un ciel bleu, c’est quelquefois un ravin,souvent un jardin, toujours un paradis. — La route nequitte pas un moment la rivière. Tantôt elles traversentensemble un heureux village entassé sous les arbres avecun pont rustique devant chaque porte; tantôt, dans unpli solitaire du vallon, elles côtoient un vieux châteaud’échevin avec ses tours carrées, ses hauts toits pointus etsa grande façade percée de quelques rares fenêtres, fier etmodeste à la fois comme il convient à un édifice qui tientle milieu entre la chaumière du paysan et le donjon duseigneur. Puis le paysage prend tout à coup une voixbruyante et joyeuse; et, au tournant d’une colline, l’œilentrevoit, sous une touil'e de tilleuls et d’aulnes qui laissentpasser le soleil, cette maison basse et cette grosse rouenoire inondée de pierreries qu’on appelle un moulin à eau.
Entre Chauffontaines et Verviers la vallée m’apparaissaitavec une douceur virgilienne. 11 faisait un temps admi-rable, de charmants marmots jouaient sur le seuil desjardins, le vent des trembles et des peupliers se répandaitsur la route, de belles génisses, groupées par trois ouquatre, se reposaient à l’ombre, gracieusement couchéesdans les prés verts. Ailleurs, loin de toute maison, seuleau milieu d’une grande prairie enclose de haies vives,paissait majestueusement une admirable vache digne d’êtregardée par Argus. J’entendais une flûte dans la montagne.
Mercurius septem mulcet arundinibus.
De temps en temps la cheminée d’une usine ou unelongue pièce de drap séchant au soleil près de la routevenait interrompre ces églogues.
Le chemin de fer qui traverse la Belgique d’Anvers àLiège et qui veut aller jusqu’à Verviers va trouer ces col-lines et couper ces vallées.
Ce chemin, colossale entreprise, percera la montagnedouze ou quinze fois. A chaque pas on rencontre des ter-