LES BORDS DE LA VESDRE. — VERVIERS . 83
Tassements, des remblais, des ébauches de ponts et deviaducs; ou bien on voit au bas d’une immense paroi deroche vive une petite fourmilière noire occupée à creuserun petit trou. Ces fourmis font une œuvre de géants.
Par instants, dans les endroits où ces trous sont déjàlarges et profonds, une haleine épaisse et un bruit rauqueen sortent tout à coup. On dirait que la montagne violéecrie par cette bouche ouverte. C’est la mine qui joue dansla galerie. Puis la diligence s’arrête brusquement, lesouvriers qui piochaient sur un terrassement voisin s’en-fuient dans toutes les directions, un tonnerre éclate,répété par l’écho grossissant de la colline, des quartiersde roche jaillissent d’un coin du paysage et vont éclabous-ser la plaine de toutes parts. C’est la mine qui joue à cielouvert. Pendant cette station, les voyageurs se racontentqu’hier un homme a été tué et un arbre coupé en deuxpar un de ces blocs qui pesaient vingt mille, et qu’avant-hierune femme d’ouvrier qui portait le café (non la soupe)à son mari a été foudroyée de la même façon. — Cela aussidérange un peu l’idylle.
Verviers , ville insignifiante d’ailleurs, se divise en troisquartiers qui s’appellent la Chick-Chack, la Basse-Crotte etla Dardantlle. J’y ai remarqué un petit garçon de six ansqui fumait magistralement sa pipe, assis sur le seuil de samaison.
En me voyant passer, ce marmot fumeur a éclaté derire. J’en ai conclu que je lui scmblais fort ridicule.
Après Verviers , la route côtoie encore la Vesdre jusqu’àI.imbourg. Limbourg, cette ville comtale, dont Louis XIV trouvait la croûte si dure, n’est plus aujourd’hui qu’uneforteresse démantelée, pittoresque couronnement d’unecolline.
On moment après, le terrain s’aplatit, la plaine sedéclare, une grande porte s’ouvre à deux battants, c’estla douane; une guérite chevronnée de noir et de blanc duhaut en bas apparaît; on est chez le roi de Prusse.