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II.
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LE RHIN .

porte sur mes épaules. Quand jai fait un voyage, je recom-mence; et cela dure depuis laube jusquau coucher dusoleil. Si je veux me reposer, si je veux dormir, si je suc-combe à la fatigue, si loutre nest pas bien pleine, il mefait fouett#r. Hélas ! je suis bien misérable et bien battu etbien accablé dinfirmités. Hier, javais fait six voyagesdans la journée; le soir venu, jétais si las, que je nai puhausser jusquà mon dos cette outre que je venais dem-plir; et jai passé ici toute la nuit, pleurant à côté de macharge et épouvanté de la colère de mon maître. Mes sei-gneurs, mes bons seigneurs, par grâce et par pitié, aidez-moi à mettre ce fardeau sur mes épaules, afin que je puissemen retourner auprès de mon maître, car, si je tarde, ilme tuera. Ahi ! ahi !

En écoutant cette pathétique harangue, saint Nil, saintAutremoine et saint Jean le Nain se sentirent émus, etsaint Médard se mit à pleurer, ce qui causa sur la terreune pluie de quarante jours.

Mais saint Ail dit au démon : Je ne puis taider, monami, et jen ai regret; mais il faudrait mettre la main àcette outre, qui est une chose morte, et un verset de latrès sainte écriture défend de toucher aux choses mortessous peine de rester impur.

Saint Autremoine dit au démon : Je ne puis taider,mon ami, et jen ai regret; mais je considère que ce seraitune bonne action, et, les bonnes actions ayant linconvé-nient de pousser à la vanité celui qui les fait, je mabstiensden faire pour conserver lhumilité.

Saint Jean le Nain dit au démon : Je ne puis taider,mon ami, et jen ai regret; mais, comme tu vois, je suis sipetit, que je ne pourrais atteindre à ta ceinture. Commentferais-je pour te mettre cette charge sur les épaules?

Saint Médard, tout en larmes, dit au démon : Je nepuis taider, mon ami, et jen ai regret; mais je suis si émuvraiment, que jai les bras cassés.

Et ils continuèrent leur chemin.

Le diable enrageait, Voilà des animaux ! sécria-t-il enregardant les saints séloigner. Quels vieux pédants! Sont-ils absurdes avec leurs grandes barbes ! Ma parole dhon-neur, ils sont encore plus bêtes que lange !