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II.
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LÉGENDE DU BEAU PÉCOPIN.

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Peu à peu le brouillard sétait levé. Soudain lair devinttiède, les arbres changèrent de forme; des chênes-lièges,des pistachiers et des pins dAlep apparurent dans lesrochers; une large lune blanche entourée dun immensehalo éclairait lugubrement les bruyères. Pourtant ce nétaitpas jour de lune.

En courant au fond dun chemin creux, Pécopin se penchaet arracha de la berge une poignée dherbes. A la lueur dela lune il examina ces plantes et reconnut avec angoisselanthylle vulnéraire des Cévenïies, la véronique filiformeet la férule commune dont les feuilles hideuses se ter-minent par des griffes. Une demi-heure après, le ventétait encore plus chaud, je ne sais quels mirages de lamer remplissaient à de certains moments les intervallesdes futaies; il se courba encore une fois sur la berge duchemin et arracha de nouveau les premières plantes quesa main rencontra. Cette fois, cétaient le cytise argentéde Cette, lanémone étoilée de Nice , la lavatère maritimede Toulon, le géranium, sanguinemn des Basses-Pyrénées ,si reconnaissable.à sa feuille cinq fois palmée, etTaslran-tia major, dont la fleur est un soleil qui rayonne àtravers un anneau, comme la planète Saturne . Pécopin vitquil séloignait du Rhin avec une effroyable rapidité; ilavait fait plus de cent lieues entre les deux poignéesdherbes. 11 avait traversé les Vosges , il avait traversé lesCévennes, il traversait en ce moment les Pyrénées .Plutôt la mort! pensa-t-il. Et il voulut se jeter en bas deson cheval. Au mouvement quil fit pour se désarçonner,il se sentit étreindre les pieds comme par deux mains defer. Il regarda. Ses étriers lavaient saisi et le tenaient.Cétaient des étriers vivants.

Les cris lointains, les hennissements et les aboiementsfaisaient rage; le cor du vieux chasseur, précédant lachasse à une distance effrayante, sonnait des mélodiessinistres, et, à travers de grandes branches bleuâtres que levent secouait, Pécopin voyait les chiens traverser à lanage des étangs pleins de reflets magiques.

Le pauvre chevalier se résigna, ferma les yeux et selaissa emporter.

Une fois il les rouvrit; la chaleur de fournaise dune

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