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II.
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LE RHIN

nuit tropicale lui frappait le visage; de vagues rugisse-ments de tigres et do chacals arrivaient jusquà lui; ilentrevit des ruines de pagodes sur le faîte desquelles setenaient gravement debout, ranges par longues files, desvautours, des philosophes et des cigognes; dos arbresdune forme bizarre prenaient dans les vallées mille atti-tudes étranges; il reconnut le banyan et le baobab; loüé-nonbouyh silïlait, Voyra rameum fredonnait, le petit gonam-buch chantait. Pécopin était dans une forêt de lInde .

Il ferma les yeux.

Puis il les rouvrit encore. En un quart dheure, auxsouffles de léquateur avait succédé un vent de glace. Lefroid était terrible. Le sabot du cheval faisait crier legivre. Les rangifères, les aises et les satyres couraientcomme des ombres à travers la brume. Lâpreté des boiset des montagnes ôtait aflreuse. Il ny avait à lhorizonque deux ou trois rochers dune hauteur immense autourdesquels volaient les mouettes et les stercoraires, et àtravers dhorribles verdures noires on entrevoyait delongues vagues blanches auxquelles le ciel jetait des floconsde neige et qui jetait au ciel des flocons décume. Pécopintraversait les mélèzes de laBiarmie, qui sont au cap Nord.

Un moment après la nuit sépaissit, Pécopin ne vit plusrien, mais il entendit un bruit épouvantable, et il reconnutquil passait près du gouffre Maelstron, qui est le Tartaredes anciens et le nombril de la mer.

Quétait-ce donc que cette effroyable foret qui faisait letour de la terre?

Le cerf à seize andouillers reparaissait par intervalles,toujours fuyant et toujours poursuivi. Les ombres et lesrumeurs se précipitaient pêle-mêle sur sa trace, et le cordu vieux chasseur dominait tout, même le bruit du gouffreMaelstron.

Tout à coup le genet sarrêta court. Les aboiementscessèrent, tout se tut autour de Pécopin. Le pauvre che-valier, qui depuis plus dune heure avait refermé les yeux,les rouvrit. Il était devant la façade dun sombre et co-lossal édifice, dont les fenêtres éclairées semblaient jeterdes regards. Cette façade était noire comme un masque etvivante comme un visage.