LÉGENDE DU BEAU PÉCOPIN.
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XVII
LES BAGATELLES DE.LA PORTE
Pécopin haussa les épaules. — Bauldour est vivante,Bauldour est libre, pensa-t-il, et Bauldour m’aime! Quepuis-je craindre? Il y avait hier au soir, avant que je ren-contrasse ce démon, cinq ans précisément que je l’avaisquittée. Eh bien, il y aura cinq ans et un jour! je vais larevoir plus belle que jamais. La femme, c’est le beau sexe;et vingt ans, c’est le bel âge.
Dans ces temps de fidélités robustes, on ne s’étonnaitpas de cinq ans.
Tout en monologuant de la sorte, il approchait du châ-teau et il reconnaissait avec joie chaque bossage du por-tail, chaque dent de la herse et chaque clou du pont-levis.Il se sentait heureux et bienvenu. Le seuil de la maisonqui nous a vus enfants sourit en nous revoyant hommescomme le visage satisfait d’une mère.
Comme il traversait le pont, il remarqua près de latroisième arche un fort beau chêne dont la tête dépassaitde très haut le parapet. — C’est singulier, se dit-il, il n’yavait point d’arbre là. Puis il se souvint que, deux ou troissemaines avant le jour où il avait rencontré la chasse dupalatin, il avait joué avec Bauldour au jeu des glands etdes osselets, en s’accoudant au parapet du pont, et que,précisément à cet endroit, il avait laissé tomber un glanddans le fossé. — Diable! pensa-t-il, le gland s’est faitchêne en cinq ans. Voilà un bon terrain.