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II.
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LE RHIN .

Par un contraste bizarre, Pémeutede Civilisqui détruisitle pont de Drusus , la guerre du Palatinat qui détruisit lepont de Willigis , les légions de Tutor , les querelles desgaugraves Adolphe de Nassau et Didier dIsembourg, lesnormands en 890, les bourgeois de Creuznach en 1279, lar-chevêque Baudoin de Trêves en 1334, la peste en 13/|9,linondation en 1458, le bailli palatin Goler de Ravensbergen 1496, le landgrave Guillaume do Hesse en 1504, laguerre de trente ans, les armées de la révolution et delempire, toutes les dévastations ont successivement tra-versé cette plaine heureuse et sereine, tandis que les plusravissantes figures de la liturgie et de la légende, Gela,Jutta, Liba, Guda; Gisèle, la douce fille de Brœmser; Hil-degarde, lamie de saint Bernard; Hiltrude , la pénitente dupape Eugène, ont habité tour à tour ces sinistres rochers.Lodeur du sang est encore dans la plaine, le parfum dessaintes et des belles remplit encore la montagne.

Plus vous examinez ce beau lieu, plus lantithèse semultiplie sous le regard et sous la pensée. Elle se continuesous mille formes. Au moment la Nahe débouche àtravers les arches du pont de pierre, sur le parapet duquelle lion de Hesse tourne le dos à laigle de Prusse, ce quifait dire aux hessois quil dédaigne et aux prussiens quila peur, au moment, dis-je, la Nahe, qui arrive tran-quille et lente du Mont-Tonnerre , sort de dessous ce pont-limite, le bras vert de bronze du Rhin saisit brusquementla blonde et indolente rivière et la plonge dans le Binger-loch. Ce qui se fait dans le gouffre est laffaire des dieux.Mais il est certain que jamais Jupiter ne livra naïade plusendormie à fleuve plus violent.

Léglise de Bingen est badigeonnée en gris au dehorscomme au dedans. Cela est absurde. Pourtant je vous dé-clare que les abominables re-taurations qui se font main-tenant en France finiront par me réconcilier avec le ba-digeon. Pour le dire en passant, je ne connais rien en cegenre de plus déplorable que la restauration de labbaye deSaint-Denis , achevée à cette heure, hélas ! et la restaurationde Notre-Dame de Paris , ébauchée en ce moment. Jereviendrai quelque jour, soyez-en certain, sur ces deuxopérations barbares. Je ne puis me défendre dun senti-