MAYENCE.
127
pavés, sombre et confuse mosaïque de la mort, do jour enjour plus effacée sous les pieds de ceux qui vont et viennent.
J’omets également les quatre ou cinq tombeaux insi-gnifiants du dix-neuvième siècle.
Toutes ces tombes, cinq exceptées, sont des sépulturesd’archevêques. Sur ces trente-huit cénotaphes, disperséssans ordre chronologique et comme au hasard sous uneforêt de colonnes byzantines à chapiteaux énigmatiques,l’art de six siècles se développe, végète et croise inextri-cablement ses rameaux, d’où tombent, comme un doublefruit, l’histoire de la pensée en même temps que l’histoiredes faits. Là, Liebenstein, Ilompurg, Gemmingen , Heufen-stein, Brandebourg, Steinburg, Ingelheim, Dalberg, Eltz ,Stadion, Weinsberg , Ostein, Leyen, Hennenberg", Tour-et-Taxis, presque tous les grands noms de l’Allemagne rhé-nane, apparaissent à travers ce sombre rayonnement queles tombeaux répandent dans les ténèbres des églises.Toutes les fantaisies d’époque, d’artiste et de mourant semêlent à toutes les épitaphes. Les mausolées du dix-hui-tième siècle s’entr’ouvrent et laissent échapper leur sque-lette emportant dans scs longs doigts sans chair des mitresd’archevêques et des chapeaux d’électeurs. Les arche-vêques contemporains de Richelieu et de Louis XIV rêventcouchés au bas de leurs sarcophages et appuyés sur lecoude. Les arabesques de la renaissance accrochent leursvrilles et perchent leurs chimères dans les délicats feuil-lages du quinzième siècle et font entrevoir, sous millecomplications charmantes, des statuettes, des distiqueslatins et des blasons coloriés. Des noms sévères, MalhiasBurhecg, Conradus Rheingraf (Conrad, comte du Rhin ),s’inscrivent entre le moine tonsuré qui figure le clergé,et l’homme d’armes morionné qui figure la noblesse, sousla pure ogive à triangle équilatéral du quatorzième siècle ;et, sur la lame peinte et dorée du treizième siècle, de gi-gantesques archevêques qui ont des monstres apocalyp-tiques sous les pieds couronnent de leurs deux mains à lafois des rois et des empereurs moindres qu’eux. C'est danscette hautaine attitude que vous regardent fixement avecleurs yeux de momie égyptienne Siegfried, qui couronnadeux empereurs, Henri de Thuringe et Wilhelm de IIol-