Band 
II.
Seite
128
JPEG-Download
 

128

LE UIIIN.

lande; et Pierre Aspeld, qui couronna deux empereurs etun roi, Louis de Bavière, Henri VII et Jean de Bohême .Les armoiries, les manteaux héraldiques, la mitre, la cou-ronne, le chapeau électoral, le chapeau cardinal, les scep-tres, les épées, les crosses, abondent, sentassent et samon-cellent sur ces monuments, et sefforcent de recomposerdevant lœil du passant cette grande et formidable figurequi présidait les neuf électeurs de lempire dAllemagne etquon appelait larchevêque de Mayence . Chaos, déjà àdemi submergé dans lombre, de choses augustes ou illus-tres, demblèmes vénérables ou redoutables, d cespuissants princes voulaient faire sortir une idée de gran-deur et d sort une idée de néant.

Chose remarquable, et qui prouve jusquà quel point larévolution française était un fait providentiel et comme larésultante nécessaire, et pour ainsi dire algébrique, detout lantique ensemble européen, cest que tout ce quellea détruit a été détruit pour jamais. Elle est venue àlheure dite, comme un bûcheron pressé de finir sa be-sogne, abattre en hâte et pêle-mêle tous les vieux arbresmystérieusement marqués par le Seigneur. On sent, ainsique je crois lavoir déjà indiqué quelque part, quelle avaiten elle le quid divinum. Rien de ce quelle a jeté bas nesest relevé, rien de ce quelle a condamné na survécu,rien de ce quelle a défait ne sest recomposé. Et observonsici que la vie des états nest pas suspendue au même fil quecelle des individus; il ne suffit pas de frapper un empirepour le tuer, on ne tue les villes et les royaumes quelorsquils doivent mourir. La révolution française a touchéVenise, et Venise est tombée; elle a touché lempiredAllemagne, et lempire dAllemagne est tombé; elle atouché les électeurs, et les électeurs se sont évanouis. Lamême année, la grande année-abîme, a vu sengloutir leroi de France , cet homme presque dieu, et larchevêquede Mayence , ce prêtre presque roi.

La révolution na pas extirpé ni détruit Rome, parce queRome na pas de fondements, mais des racines; racinesqui vont sans cesse croissant dans lombre sous Rome etsous toutes les nations, qui traversent et pénètrent le globeentier de part en part, et quon voit reparaître à lheure